
L’« ube », qui attire l’œil par sa couleur violette éclatante, s’impose récemment comme une nouvelle tendance dans l’industrie des boissons et de l’alimentation. À sa saveur douce et crémeuse s’ajoute l’avantage d’être un aliment d’origine végétale, ce qui élargit son utilisation aux boissons, à la boulangerie-pâtisserie et aux desserts dans leur ensemble.
Porté par son image d’ingrédient aux pigments naturels, il gagne aussi en popularité auprès des consommateurs comme aliment « bien-être ». Mais l’ube, ainsi plébiscité, est-il réellement bénéfique pour la santé ?
Les bienfaits de l’ube pour la santé
L’ube est un légume-racine de la famille des ignames, consommé traditionnellement aux Philippines. Il se distingue par une couleur singulière, entre rose pâle et violet, due à l’« anthocyanine », un pigment végétal de la famille des flavonoïdes.
L’anthocyanine est un antioxydant de référence : elle élimine les espèces réactives de l’oxygène dans l’organisme, ce qui peut contribuer à limiter les dommages cellulaires et le vieillissement, et à améliorer la santé oculaire. Par ailleurs, des recherches examinent de manière continue sa capacité potentielle à réduire l’inflammation chronique, à préserver la santé cardiovasculaire et à influencer positivement la régulation de la glycémie.
La Cleveland Clinic, aux États-Unis, présente l’ube en ces termes : « Non seulement il apporte des couleurs variées aux plats, mais il constitue aussi une excellente source de vitamine C et un bon moyen d’ajouter des fibres à l’alimentation. » En pratique, 100 g d’ube contiennent 120 kcal, 27 g de glucides, 4 g de fibres alimentaires et 1 g de protéines, sans aucun sucre. À lui seul, 100 g d’ube permettent de couvrir environ 40 % des apports journaliers recommandés en vitamine C.
Il est également bénéfique pour la santé intestinale. Gillian Culbertson, diététicienne-nutritionniste agréée, explique que « les fibres solubles, abondantes dans l’ube, favorisent un transit régulier et stimulent la prolifération des bactéries bénéfiques vivant dans l’écosystème du microbiote intestinal ».
Riche en amidon résistant, l’ube se digère lentement, ce qui aide à éviter une hausse brutale de la glycémie. Il contribue aussi, dans l’intestin, à la production d’acides gras à chaîne courte, protégeant la muqueuse intestinale, et exerce une influence positive sur l’atténuation du syndrome de l’intestin irritable.
Le problème, c’est « la manière de le consommer »… en Corée, il est surtout ingéré sous forme de dessert
Le problème tient à la façon dont nous consommons l’ube. Si l’ube à l’état brut peut être bénéfique, la question de savoir si sa consommation en Corée est réellement bonne pour la santé reste très controversée. En Corée, l’ube est en effet principalement distribué non pas sous forme brute, mais sous forme de « poudre », utilisée pour donner couleur et goût à des desserts comme le latte à l’ube violet ou les gâteaux.
Même si l’on utilise une poudre composée à 100 % d’ube, la différence avec une consommation du produit brut est nette. Consommé sous forme de poudre, l’ube permet difficilement de bénéficier de l’effet positif des fibres alimentaires, qui ralentissent la vitesse de digestion et d’absorption. Et si, lors de la préparation des desserts, on ajoute en grande quantité de la crème, du sucre, du lait, du beurre ou de la farine, on s’éloigne inévitablement de l’idée d’un produit « sain ».
Des experts soulignent que la couleur violette de l’ube ne signifie pas, en soi, qu’il est bon pour la santé. Kim Kyung-soon, praticienne en médecine traditionnelle coréenne, a déclaré sur sa chaîne YouTube : « Les desserts au goût d’ube ne sont rien d’autre que des aliments transformés bourrés de sucre, de crème, de beurre, de farine et de sirop », ajoutant : « L’ube, parce qu’il est violet, véhicule une forte image antioxydante, mais sur le plan nutritionnel, il se rapproche davantage d’un glucide féculent, comme la pomme de terre ou la patate douce. »
Plutôt que de considérer une boisson ou un dessert comme un aliment sain au seul motif qu’il contient de l’ube, il faut aussi vérifier la teneur en sucre et en graisses, ainsi que l’apport calorique total. Une consommation fréquente de desserts à l’ube peut, au contraire, avoir des effets négatifs sur la santé, notamment en favorisant l’obésité.
