Au Japon, l’orthopédie définit comme « syndrome locomoteur » l’état dans lequel l’affaiblissement des os, des articulations, des muscles et des nerfs réduit les capacités de déplacement, et l’utilise comme indicateur de santé permettant d’anticiper la fragilité et le recours aux soins de longue durée. Avec l’aide d’experts, Komedi.com passe en revue, en six volets, les signaux du corps qui apparaissent d’abord dans la vie quotidienne, comme enfiler des chaussettes, monter des escaliers ou traverser un passage piéton. 〈Note de la rédaction>

Il a simplement glissé une fois à la maison. Il a trébuché devant la salle de bains et, heureusement, aucun os ne s’est cassé. Mais, depuis ce jour-là, l’esprit se replie avant même le corps. Devant les escaliers, il cherche d’abord la rampe, et lorsqu’il monte dans un bus, il vérifie d’abord où poser le pied. Il va aussi moins souvent au marché seul.
Chez les personnes âgées, une chute n’est pas forcément un simple accident. Même sans blessure grave, la peur de « retomber » réduit l’activité. Moins on bouge, plus les muscles fondent et plus l’équilibre se dégrade. Le risque de chute suivante augmente alors, au contraire. La chute engendre la peur, et la peur appelle de nouveau la chute : un cercle vicieux.
Le « syndrome locomoteur » (Locomotive Syndrome) est un concept qui décrit cette dynamique. Les fonctions des os, des articulations, de la colonne vertébrale, des muscles et des nerfs s’affaiblissent conjointement, ce qui diminue la capacité à marcher et à se mouvoir. En coréen, on l’appelle « syndrome de diminution des fonctions motrices ». Au début, cela se manifeste par une marche plus lente et des escaliers plus difficiles ; mais, à un stade plus avancé, cela s’articule avec les risques de chute, de fracture et de recours aux soins de longue durée.
Plus que l’instant de la chute, c’est l’incapacité du corps à tenir qui pose problème
On tombe aussi quand on est jeune. Mais, chez les personnes âgées, les conséquences ne sont pas les mêmes. Si les muscles des cuisses et des hanches sont faibles, il devient difficile de résister lorsque le corps bascule. Quand l’équilibre est altéré, la réaction qui permet de se rattraper après un faux pas est aussi plus lente.
Si l’ostéoporose s’y ajoute, une petite chute peut se transformer en fracture. Les fractures de la hanche, de la colonne vertébrale ou du poignet modifient profondément la vie au grand âge. Après une fracture de la hanche, une opération et une rééducation sont nécessaires ; une fracture vertébrale peut entraîner une perte de taille et une accentuation de la cyphose. Quant à une fracture du poignet, elle rend difficiles des gestes du quotidien comme s’habiller, préparer les repas ou faire les courses.
Yu Jun-il, professeur à l’hôpital universitaire Inha (orthopédie), souligne qu’il faut considérer la chute « non comme un événement isolé, mais comme une dynamique où s’entremêlent douleur, force musculaire, équilibre et risque de fracture ». Autrement dit, il ne faut pas se focaliser uniquement sur l’instant où l’on tombe, mais aussi vérifier si, auparavant, le pas s’est raccourci, si l’on accroche davantage la pointe du pied et si le périmètre d’activité s’est réduit.
Avant de tomber, le corps a déjà envoyé des signaux
Le problème, c’est que ces signaux apparaissent d’abord dans la vie quotidienne, avant les examens à l’hôpital. Ces derniers temps, la recherche s’efforce de capter ces signaux grâce à la technologie, avant même que la personne ne les remarque.
Park Hyun-tae, professeur à l’université Dong-A (Digital Healthcare Lab), a présenté des données lors du 77e congrès de printemps de la Société coréenne de gériatrie (30-31 mai, BEXCO de Busan) : un modèle d’intelligence artificielle (IA) capable de distinguer le risque de syndrome locomoteur en analysant la posture et la marche à l’aide d’une simple caméra de smartphone a été mis à l’épreuve. Dans une étude de validation portant sur 131 personnes, ce modèle a affiché une sensibilité de 0,86 et une exactitude de 0,77 pour identifier le groupe à risque. Cela signifie qu’il est possible de repérer précocement des anomalies de la marche sans équipement spécialisé.
D’autres travaux examinent la marche de manière très fine. En analysant la démarche après avoir fixé un petit capteur sur la jambe, les chercheurs ont constaté que, chez les personnes dont le syndrome locomoteur est déjà relativement avancé, la marche ralentit, la longueur du pas diminue et l’amplitude des mouvements du genou et de la cheville se réduit.
Plus intéressant encore : l’étude suivante a montré qu’il n’était même pas nécessaire d’observer toute la marche. Une seule scène — « le moment où l’on se lève d’une chaise » — suffisait à détecter une anomalie.
Quand on se lève d’une chaise, on penche d’abord le buste vers l’avant, puis on se redresse d’un coup grâce à la force des jambes. En observant à quel point le corps « se projette » rapidement et vigoureusement, il a été possible d’identifier à l’avance des personnes qui, en apparence, ne présentent pas de problème particulier de démarche. C’est le même principe que lorsqu’une personne marche encore bien, mais paraît anormalement lente et en difficulté au moment de se relever d’un canapé : cela peut signifier que la force des jambes diminue.
Des tentatives existent aussi pour relier plus directement le risque de chute aux pieds. Des résultats de recherche indiquent qu’en mesurant, avec une semelle intelligente intégrant des capteurs de pression, la répartition des pressions plantaires et le déplacement du centre de gravité pendant la marche, on peut repérer précocement un déséquilibre gauche-droite ou une instabilité posturale.
Park Hyun-tae résume ainsi l’évolution de la recherche japonaise sur le syndrome locomoteur : « On passe d’une approche qui vérifie après la survenue d’une chute à une approche qui capte d’abord, dans la vie quotidienne, les changements de la phase précédant la chute. » Cela signifie aussi qu’il ne suffit pas de ne regarder que le nombre de pas.
Bien sûr, ces dispositifs de mesure ne permettent pas de prédire toutes les chutes. Mais des changements comme « je sors moins ces temps-ci », « j’évite les escaliers », « j’ai peur du bus » ou « je trébuche souvent sur la pointe du pied à la maison » sont des signaux que la famille peut aussi remarquer.
Il faut préserver la capacité à sortir de chez soi
La prévention des chutes ne se résume pas à l’exercice. Le sol de la salle de bains, les seuils, les câbles, des chaussons glissants ou un éclairage insuffisant sont autant de facteurs de risque. Si l’on va souvent aux toilettes la nuit, il faut aussi examiner le trajet entre le lit et les toilettes. La baisse de la vision, les médicaments pouvant provoquer des vertiges, ainsi que la prise de somnifères ou d’antihypertenseurs doivent également être vérifiées.
En cas d’ostéoporose, un traitement osseux est aussi nécessaire. Il s’agit de prendre soin des os à l’avance pour éviter non seulement de tomber, mais aussi de se fracturer en cas de chute.
C’est pourquoi, chez les personnes âgées, un simple « boum » peut ne pas être un incident anodin. Ensuite, le monde extérieur s’éloigne, et le corps peut s’affaiblir plus vite. La force qui empêche de tomber : voilà, au grand âge, l’« actif santé » (Healthy Asset) le plus concret.
