« Avant une opération, interrogez impérativement 2 à 3 spécialistes du rachis »… les conseils d’un chirurgien fort de 2 400 cas de scoliose

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Kim Yong-jeong, directeur de centre à l’hôpital Seoul Bumin : « Pendant la croissance, réduire au minimum le nombre de vertèbres fusionnées… il faut aussi mettre en balance les critères opératoires et l’exposition aux rayonnements »

Référence de la chirurgie des déformations rachidiennes chez l’adolescent, le directeur de centre Kim Yong-jeong prévient : « Une fois opéré, c’est comme avoir franchi un point de non-retour. » Et d’ajouter : « Quel que soit l’établissement, avant l’intervention, il faut impérativement consulter 2 à 3 spécialistes de la colonne vertébrale et leur poser des questions en détail. » Photo = Groupe hospitalier Bumin

Kim Yong-jeong, directeur du Centre des déformations de la colonne vertébrale de l’hôpital Seoul Bumin, a réalisé environ 2 400 opérations de scoliose idiopathique de l’adolescent. Après avoir pris en charge des patients atteints de déformations rachidiennes en Corée et aux Etats-Unis, il insiste sur la nécessité d’une prudence extrême au moment de décider d’une intervention.

Diplômé de la faculté de médecine de l’Université nationale de Séoul, il a travaillé dans des hôpitaux universitaires en Corée avant de partir aux Etats-Unis vers la quarantaine. Il a mené des recherches à l’Université Washington de Saint-Louis, alors considérée comme la Mecque de la chirurgie des déformations rachidiennes, puis a exercé comme chef de clinique à l’Hospital for Special Surgery (HSS) à New York, avant de devenir professeur d’orthopédie à la faculté de médecine de l’Université Columbia.

Très tôt, il s’est forgé une solide réputation dans la chirurgie de la scoliose idiopathique de l’adolescent. A ce jour, il a réalisé plus de 2 400 interventions. De plus, dans le domaine des déformations de la colonne, 3 des 100 articles les plus cités au monde sont de sa plume.

Sur le terrain clinique, il est aussi connu pour une technique d’insertion de vis pédiculaires sans recourir, pendant l’opération, à un dispositif de scopie radiologique. Il a consacré sa vie à rechercher des moyens de traiter les déformations rachidiennes chez l’enfant en croissance en évitant autant que possible l’exposition aux rayonnements.

Nommé en 2020 directeur médical de l’hôpital Seoul Bumin, il a ouvert en mai 2025 un « Centre des déformations de la colonne Kim Yong-jeong » portant son nom. Il y concentre davantage ses efforts sur les problèmes de courbure de la colonne tout au long de la vie, de la scoliose de l’adolescent aux déformations ostéoporotiques du grand âge.

Lors du « 2e Symposium sur la sarcopénie et les déformations de la colonne vertébrale » de la Société coréenne de la sarcopénie (président : Ha Yong-chan), organisé le 4 juillet au Centre de médecine du futur de l’hôpital Seoul Bumin, il a présenté une analyse de quelque 2 400 cas de scoliose idiopathique de l’adolescent, fruit de ses recherches de toute une vie. L’occasion de transmettre l’essentiel de son expérience aux jeunes générations. Nous lui avons posé les questions qui revenaient le plus souvent.

Lors du « 2e Symposium sur la sarcopénie et les déformations de la colonne vertébrale », organisé le 4 juillet par la Société coréenne de la sarcopénie à l’hôpital Seoul Bumin, Kim Yong-jeong, directeur du Centre des déformations de la colonne vertébrale de l’hôpital Seoul Bumin, présente des cas cliniques concrets — 2 400 cas de scoliose idiopathique de l’adolescent — accumulés tout au long de sa carrière. Un moment de transmission du meilleur savoir-faire du secteur. Photo = Groupe hospitalier Bumin

Qu’est-ce qui vous a conduit à consacrer votre vie aux déformations de la colonne vertébrale ?

Il y a une histoire familiale douloureuse. Mon frère aîné, décédé l’an dernier, a souffert à l’âge de 3 ans d’une tuberculose de la colonne vertébrale, qui lui a fortement voûté le dos. On disait de lui, dès l’enfance, qu’il était un génie, et il a terminé premier de son lycée, mais on lui a même refusé le dépôt de dossier dans le département de génie électronique de l’Université nationale de Séoul, qu’il souhaitait intégrer.

Une fois adulte, sa santé s’est rapidement dégradée et il a vécu avec une bouteille d’oxygène. Il ne lui restait que 10 % de sa fonction pulmonaire normale, ce qui l’empêchait d’être opéré. J’ai pensé que résoudre ce type de problème était ma vocation.

Pourquoi traiter, au sein d’un même centre, tout le spectre des déformations — des formes congénitales et adolescentes jusqu’aux déformations du grand âge ??

Sans comprendre l’ensemble du spectre des déformations rachidiennes, il est impossible de proposer un traitement approprié. La scoliose de l’adolescence et les déformations dégénératives après 60 ans n’ont pas les mêmes causes, mais elles se rejoignent en ce qu’elles relèvent des problèmes que la colonne vertébrale rencontre au fil du temps.

Si l’on ne regarde qu’un seul versant, on finit par manquer quelque chose. (Lors de ce symposium, il a illustré cette philosophie jusque dans la construction du programme, en intervenant à la session du matin — analyse de 2 400 cas de scoliose adolescente — et à celle de l’après-midi — chirurgie des déformations.)

Kim Yong-jeong, directeur du Centre des déformations de la colonne vertébrale (deuxième à partir de la gauche), réalise une chirurgie de correction des déformations rachidiennes afin de redresser la colonne d’un patient souffrant d’un désalignement. Photo = Groupe hospitalier Bumin

La scoliose de notre enfant : peut-on la vérifier à la maison ??

Faites-lui enlever le haut, rapprocher les deux pieds, puis se pencher à 90 degrés, et observez par derrière (test de flexion antérieure). Si un côté du dos ou des côtes ressort davantage, ou si la hauteur des épaules et de la taille diffère, on peut suspecter une scoliose. En revanche, pour confirmer le diagnostic et mesurer l’angle, un examen radiographique est nécessaire.

Quand le dos d’un enfant semble se courber, à quel stade les parents doivent-ils envisager une opération ??

Si le dos de l’enfant paraît se courber, il faut d’abord consulter un spécialiste des déformations rachidiennes comme moi : cela permet de réduire les examens radiologiques inutiles. Un examen clinique simple permet d’abord d’évaluer le degré de courbure ; si l’asymétrie droite-gauche est d’au moins 7 degrés, on réalise alors une radiographie.

Si l’on en est au stade où une radiographie est nécessaire, mieux vaut choisir un établissement équipé d’un appareil de faible dose appelé « EOS ». Il permet de réaliser une image du rachis sur l’ensemble du corps avec une dose de rayonnement d’environ un dixième de celle d’une radiographie standard, ce qui est particulièrement avantageux pour un enfant en croissance. Comme l’angle de scoliose dépend du respect strict d’une posture définie — position debout, placement des bras, etc. — il est aussi important de choisir un établissement ayant l’expérience de ce type de prise de vue.

Chez un enfant en phase de croissance rapide, si la colonne est courbée à plus de 20 degrés, un traitement par corset est nécessaire ; lorsque la croissance touche à sa fin, en dessous de 35 degrés, un simple suivi suffit. Selon les critères des manuels de référence internationaux sur les déformations rachidiennes, si la croissance est terminée mais que la courbure thoracique dépasse 45 degrés, ou que la courbure thoraco-lombaire dépasse 40 degrés, une opération est recommandée. Toutefois, selon les critères de prise en charge de l’Agence coréenne d’évaluation et d’examen de l’assurance maladie (HIRA), le remboursement de l’intervention ne s’applique qu’au-delà de 50 degrés.

Même lorsqu’une opération est nécessaire, vous avez toujours insisté sur le principe selon lequel, chez l’adolescent, « il faut minimiser la fusion ». Pourquoi faut-il fusionner le moins possible ??

La colonne vertébrale se compose de segments qui bougent chacun un peu, et c’est l’ensemble de ces mouvements qui permet la flexion du dos. Le mouvement assuré par un segment est d’environ 15 à 20 degrés ; plus le nombre de segments fusionnés lors de l’opération augmente, plus la mobilité globale diminue.

Par exemple, si l’on fusionne seulement jusqu’à la deuxième vertèbre lombaire, il reste environ 100 degrés de mobilité ; si l’on fusionne jusqu’à la quatrième, il ne reste que 53 degrés. Autrement dit, on ne peut même pas plier le dos à moitié.

C’est pourquoi, lorsque j’enseigne aux internes, je leur dis ceci : « Si vous ne fusionnez que la première vertèbre lombaire ou thoracique, on peut encore jouer au football. Mais si vous fusionnez jusqu’à la quatrième, même danser sur de la K-pop devient difficile. Minimisez la fusion pour que ces enfants, en vivant jusqu’à 100 ans, gardent de la gratitude envers le médecin qui les a opérés. »

Un bas du dos déjà courbé : peut-on le redresser par l’exercice ??

Une déformation structurellement rigidifiée est difficile à inverser par le seul exercice. En revanche, les exercices de renforcement des muscles du dos (muscles érecteurs du rachis) aident à ralentir la progression et à maintenir la posture. Le renforcement musculaire est aussi un élément clé pour ralentir la sarcopénie.

Quel lien existe-t-il entre l’ostéoporose et les déformations de la colonne vertébrale ??

Quand l’os est fragile, des fractures par compression surviennent ; à force de s’accumuler, elles conduisent à une déformation en dos voûté (cyphose). Même en cas d’opération, une faible densité minérale osseuse augmente le risque de complications.

Au grand âge, quand les muscles diminuent et que les os s’affaiblissent, quelle prévention souhaitez-vous le plus mettre en avant ??

Le plus important, c’est la densité minérale osseuse. Or, son niveau sur l’ensemble de la vie est presque fixé jusqu’à la vingtaine. C’est pourquoi l’activité physique au collège et au lycée, avant cette période, est la plus importante — et je m’inquiète de voir que notre système éducatif prend le chemin inverse.

Le deuxième point le plus important est d’adopter une posture correcte et de faire des exercices de gymnastique au poids du corps au quotidien ; le troisième, c’est le renforcement musculaire. Les déformations ne surviennent pas simplement parce que l’on vieillit : de mauvaises habitudes de vie accélèrent fortement le vieillissement de la colonne.

Jusqu’à quel âge peut-on opérer une déformation de la colonne vertébrale ??

Plus que l’âge en lui-même, ce sont l’état général et l’état osseux qui comptent. Même à un âge avancé, si l’ostéoporose est prise en charge et si l’on utilise une technique opératoire adaptée, une correction est parfois possible. A l’hôpital Bumin, nous opérons jusqu’au milieu de la quatre-vingtaine, et, pour les fractures vertébrales, nous envisageons un traitement chirurgical même jusqu’à la nonantaine. Les différences individuelles étant importantes, une consultation spécialisée est nécessaire.

Avant une chirurgie des déformations de la colonne, quelles questions le patient et ses proches doivent-ils absolument poser à l’hôpital et à l’équipe médicale ??

Les méthodes opératoires varient énormément : il faut impérativement rencontrer 2 à 3 experts, discuter, poser des questions, comparer, puis choisir. Une fois opéré, c’est franchir un point de non-retour.

Quel conseil donneriez-vous à ceux qui se résignent en se disant que leur dos voûté n’est « que l’âge » ??

Si l’on cherche, il y a toujours une voie. En échangeant avec un spécialiste et en en discutant avec sa famille, une solution s’ouvrira forcément.

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