Les enseignes des pharmacies ne pourront plus mentionner un « entrepôt » ou une « usine »

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Le projet de révision de la loi sur les pharmaciens adopté en séance plénière de l’Assemblée nationale⋯ Les pharmaciens de quartier veulent d’abord empêcher les appellations favorisant le mésusage, tandis que les consommateurs réclament des prix bas et la sécurité

La ministre de la Santé et du Bien-être social Jeong Eun-kyeong (troisième en partant de la gauche) et le ministre de l’Emploi et du Travail Kim Young-hoon (quatrième) posent pour une photo après avoir signé, le 13 août à l’hôpital universitaire Inha d’Incheon, un protocole d’accord avec l’Association coréenne des hôpitaux, l’Association coréenne des infirmiers, la Fondation pour le développement des relations professionnelles et l’Institut coréen de formation à l’emploi et au travail afin de « créer des hôpitaux sûrs où l’on a envie de travailler ». Photo : ministère de la Santé et du Bien-être social

Les pharmacies ne pourront plus utiliser sur leur enseigne des expressions évoquant un « entrepôt » ou une « usine ».

Le ministère de la Santé et du Bien-être social a annoncé que l’Assemblée nationale, réunie en session extraordinaire, avait adopté le 26 la proposition de révision partielle de la loi sur les pharmaciens. Le texte interdit aux exploitants d’officines d’utiliser comme appellation officielle des mentions susceptibles d’inciter à une consommation excessive de médicaments et d’en favoriser le mésusage. Cette mesure vise les « pharmacies-entrepôts », dont le nombre a récemment augmenté.

Pourquoi réglementer jusqu’au nom des pharmacies ?

Depuis un peu plus d’un an, de grandes pharmacies ont ouvert dans plusieurs régions du pays. Elles exposent en masse des médicaments et des produits de santé dans de vastes magasins, où les clients peuvent comparer les prix avant d’acheter.

Ces établissements cherchent ainsi à se différencier des pharmacies de quartier en misant sur des prix bas et les achats en grande quantité. Des inquiétudes ont toutefois émergé : cette présentation pourrait conduire à considérer les médicaments comme de simples biens de consommation et favoriser leur mésusage.

Le ministère a justifié la réforme par le risque que les consommateurs privilégient le prix au détriment de leur état de santé ou des conseils du pharmacien au moment de choisir un médicament.

La réforme vise le « nom », pas le mode d’exploitation
Le texte ne réglemente pas la forme de l’activité, mais « les noms et les mentions ».

L’article 24, paragraphe 1, alinéa 5, de la loi révisée sur les pharmaciens énumère cinq types d’appellations interdites.

① Les mentions susceptibles de faire croire à un établissement exploité par un grossiste en médicaments ou par le titulaire d’une autorisation de mise sur le marché ② les mentions laissant entendre que l’officine est spécialisée dans certains médicaments ou dans les médicaments liés à une maladie particulière ③ les mentions susceptibles de la faire confondre avec un établissement de soins ou avec le nom d’une maladie ④ les mentions donnant l’impression d’un lien particulier avec un établissement de soins parce qu’elles reprennent le même nom qu’un établissement situé dans un rayon de 1 km : ces quatre catégories, déjà limitées par le règlement d’application de la loi sur les pharmaciens (article 44, paragraphe 2), sont désormais inscrites dans la loi.

La cinquième catégorie, ajoutée par la réforme, concerne les mentions susceptibles de dénaturer la fonction d’une pharmacie, d’induire les consommateurs en erreur ou d’encourager une consommation excessive de médicaments et leur mésusage.

La loi n’interdit toutefois pas en tant que tel le modèle commercial des pharmacies-entrepôts. L’exploitation de vastes magasins ou l’exposition d’une grande variété de médicaments restent autorisées.

Les pharmaciens ont été les premiers à tirer la sonnette d’alarme
Les organisations de pharmaciens sont celles qui ont réclamé la réforme avec le plus d’insistance.

En octobre dernier, la présidente de l’Association coréenne des pharmaciens, Kwon Young-hee, auditionnée comme témoin lors de l’audit parlementaire, avait demandé l’interdiction des noms et publicités tels que « entrepôt », « usine », « supermarché » ou « discount », qui encouragent le mésusage des médicaments. Elle avait également affirmé que « les médicaments ne sont pas de simples biens de consommation, mais des produits indispensables à la santé publique », et qu’ils devaient impérativement s’accompagner des conseils du pharmacien sur leur prise et la santé.

Les inquiétudes des pharmaciens sont claires : lorsque les clients choisissent leurs médicaments dans un grand magasin en ne regardant que les étiquettes de prix, ils peuvent passer à côté des conseils et des explications nécessaires avant la prise.

Les textes d’application devraient notamment viser, outre « entrepôt » et « usine », des expressions comme « supermarché », « lieu incontournable », « prix spécial » ou « discount », qui donnent l’impression que l’officine propose davantage de produits ou des tarifs plus avantageux que les autres. Des formulations exclusives telles que « le maximum », « le meilleur », « le premier » ou « le plus grand » devraient également figurer parmi les mentions restreintes.

Quel regard portent les consommateurs qui achètent des médicaments ?

Selon une enquête menée par l’institut de sondage Embrain Trend Monitor auprès de 1 000 personnes âgées de 19 à 69 ans dans tout le pays, 87,6 % connaissaient les pharmacies-entrepôts et 58,9 % en avaient une opinion positive. Les principales raisons citées étaient l’impression que « les prix seraient raisonnables » (71,5 %), que « le choix serait plus large » (54,8 %) et qu’il serait possible de « comparer plusieurs produits avant de choisir » (52,0 %). À l’inverse, les personnes ayant une opinion négative estimaient que « le mésusage des médicaments risquerait d’augmenter » (65,4 %), que « les médicaments semblent traités comme des produits ordinaires » (44,2 %) et que « les indications sur le mode de prise ou les effets secondaires risqueraient d’être insuffisantes » (42,3 %).

Un point mérite particulièrement l’attention : la perception de la sécurité. Dans la même enquête, huit consommateurs sur dix ont déclaré qu’ils seraient prêts à fréquenter une pharmacie-entrepôt si des dispositifs de sécurité étaient mis en place.

Une enquête du groupe « Préparer l’avenir des pharmaciens » (Yakjunmo), réalisée auprès de consommateurs ayant déjà fréquenté ce type d’établissement, montre que 45,3 % des 1 000 personnes s’étant rendues dans une pharmacie-entrepôt au cours des trois derniers mois avaient acheté des produits supplémentaires qu’elles n’avaient pas prévus. Par ailleurs, 62,2 % ont déclaré que la quantité de médicaments et de produits de santé stockés chez elles avait augmenté après cette visite.

Parmi les répondants, 26,3 % ont dit ne pas avoir vérifié si un médicament pouvait être pris avec d’autres, et 49,0 % avoir déjà acheté en double des produits aux effets similaires. Quelque 64,4 % ont également déclaré avoir demandé conseil à une pharmacie de quartier parce qu’ils ne savaient pas comment prendre les médicaments achetés dans une pharmacie-entrepôt ou un établissement similaire. Au final, ils étaient plus nombreux à estimer que ces achats « n’aident pas à réduire les dépenses du ménage » (39,4 %) qu’à juger qu’ils « y contribuent » (29,8 %).

Le calendrier d’entrée en vigueur est déjà fixé. La loi révisée sur les pharmaciens sera soumise au Conseil des ministres, puis adoptée et promulguée. Elle entrera en vigueur trois mois après sa promulgation.

D’ici là, le ministère préparera les textes d’application et prévoit d’informer, par l’intermédiaire des maires et des gouverneurs de comté, les personnes souhaitant ouvrir une pharmacie afin qu’elles connaissent et respectent à l’avance les règles relatives aux appellations. Le ministère a déjà décidé d’accorder un délai de grâce de six mois à compter de l’entrée en vigueur de la loi aux pharmacies qui utilisent des noms désormais interdits.

La ministre Jeong Eun-kyeong voit dans cette réforme un moyen de prévenir les effets indésirables liés aux pharmacies-entrepôts. « La révision de la loi sur les pharmaciens est importante, car elle met en place un dispositif destiné à prévenir les conséquences sociales néfastes, notamment les craintes de mésusage des médicaments liées à l’essor récent des pharmacies-entrepôts », a-t-elle déclaré. « Nous poursuivrons nos efforts pour instaurer un environnement de vente en pharmacie sain, où l’achat de médicaments et la fréquentation des officines ne subissent pas une influence commerciale excessive. »

Deux questions vont désormais se poser. Quelles expressions seront précisément inscrites dans les textes d’application ? Et les dispositifs de sécurité concrets, comme les conseils sur la prise des médicaments, seront-ils eux aussi renforcés après le changement des appellations ?

Comme le montre l’enquête auprès des consommateurs, beaucoup ne recherchent pas seulement des prix bas, mais une pharmacie capable de garantir à la fois des tarifs abordables et la sécurité. La réglementation des appellations pourrait constituer un premier pas, mais son efficacité dépendra du contenu des textes d’application et des mesures concrètes qui seront prises sur le terrain.

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