
Si la main de vos parents vous paraît nettement moins ferme qu’auparavant lorsque vous la serrez, mieux vaut ne pas attribuer ce changement au seul âge. S’ils ont davantage de mal à ouvrir le bouchon d’une bouteille en plastique ou à essorer une serviette mouillée, cela peut signaler une baisse de leur force musculaire.
Un quart des personnes âgées coréennes de 80 ans et plus souffrent de sarcopénie, selon une étude. Les seniors dont la « force de préhension » — c’est-à-dire la force de la main — est réduite présentent plus souvent des difficultés dans les activités quotidiennes, comme mâcher et marcher. Chez les 65-74 ans, la prévalence des troubles dépressifs est également plus élevée.
L’Agence coréenne de contrôle et de prévention des maladies a annoncé le 10 les résultats d’une analyse consacrée à la prévalence de la sarcopénie chez les personnes âgées de 65 ans et plus et à leur état de santé en fonction d’une baisse de la force de préhension, à partir des données de l’Enquête nationale sur la santé et la nutrition.
Sarcopénie chez 26,9 % des plus de 80 ans : les femmes davantage touchées entre 65 et 69 ans
L’analyse montre que la prévalence de la sarcopénie atteignait 26,9 % chez les personnes âgées de 80 ans et plus, soit une personne sur quatre.
Les différences entre les sexes variaient selon l’âge. Entre 65 et 69 ans, la prévalence de la sarcopénie était plus élevée chez les femmes, à 5,8 %, que chez les hommes, à 2,6 %. À partir de 70 ans, la tendance s’inversait : les hommes étaient davantage touchés que les femmes.
Dans cette étude, la sarcopénie ne désigne pas simplement une faible masse musculaire. Les chercheurs ont retenu ce diagnostic lorsque la valeur maximale de deux mesures de la force de préhension, effectuées avec les deux mains ou avec une seule, était inférieure à 28 ㎏ chez les hommes et à 18 ㎏ chez les femmes, et que la masse musculaire des membres rapportée à la taille, mesurée par absorptiométrie biphotonique à rayons X (DXA), était également inférieure au seuil fixé. Ce seuil était de 7 ㎏/㎡ chez les hommes et de 5,4 ㎏/㎡ chez les femmes.
La baisse de la force de préhension est un indicateur qui ne prend en compte que la force de la main. Elle correspond à une force maximale inférieure à 28 ㎏ chez les hommes et à 18 ㎏ chez les femmes.
L’analyse de l’agence montre qu’une sarcopénie était également présente chez 85,0 % des personnes du groupe à faible force de préhension. Toutefois, puisque la baisse de la force de préhension fait elle-même partie des critères de classification de la sarcopénie, il ne faut pas interpréter ce chiffre comme signifiant qu’une personne ayant une faible force de la main a 85 % de risques de souffrir de sarcopénie.
L’agence précise que l’utilisation d’un dynamomètre constitue la méthode de mesure la plus précise. Dans la vie courante, il est toutefois possible de repérer une évolution en observant si la force avec laquelle on serre la main a changé, ou en vérifiant si l’on éprouve davantage de difficultés à ouvrir le bouchon d’une bouteille en plastique ou à essorer une serviette mouillée. Ces gestes ne remplacent pas un diagnostic : ils constituent plutôt des signaux du quotidien permettant de surveiller une éventuelle évolution de la force musculaire des parents.
Chez les 65-74 ans, les troubles dépressifs sont plus de sept fois plus fréquents lorsque la force de la main est faible
Les personnes âgées ayant une faible force de préhension se révélaient également plus vulnérables sur le plan de la santé mentale et des activités quotidiennes.
Entre 65 et 74 ans, la prévalence des troubles dépressifs atteignait 14,3 % dans le groupe à faible force de préhension, contre 2,0 % dans le groupe à force normale, soit plus de sept fois plus.
La prévalence des troubles dépressifs ne correspond pas ici à la proportion de personnes ayant reçu un diagnostic médical de dépression. Elle désigne la proportion de personnes ayant obtenu au moins 10 points sur 27 au questionnaire de dépistage de la dépression PHQ-9. On ne peut pas affirmer qu’une faible force de préhension provoque directement une dépression ; les résultats montrent simplement que les deux indicateurs ont tendance à apparaître ensemble.
Les difficultés à mâcher étaient elles aussi plus fréquentes. Entre 65 et 74 ans, 37,7 % des personnes du groupe à faible force de préhension déclaraient avoir du mal à mastiquer, contre 24,1 % dans le groupe à force normale. Ces difficultés correspondent à des problèmes pour mâcher les aliments en raison de troubles bucco-dentaires, touchant notamment les dents, les prothèses dentaires ou les gencives.
Chez les personnes de 75 ans et plus, les écarts étaient particulièrement marqués pour la marche et la mastication. Dans le groupe à faible force de préhension, 64,4 % ne satisfaisaient pas aux recommandations en matière de marche, contre 54,1 % dans le groupe à force normale. La proportion de personnes déclarant des difficultés à mâcher s’établissait respectivement à 42,0 % et à 32,6 %.
La pratique de la marche était définie comme le fait d’avoir marché au moins 10 minutes consécutives au cours des sept derniers jours, pendant au moins 30 minutes au total par jour et au moins cinq jours par semaine.
Si la force de préhension baisse et que le poids ou l’activité diminuent, il faut surveiller la fragilité
Si l’agence s’intéresse à la force de préhension, c’est parce qu’elle peut fournir un indice permettant de détecter précocement non seulement la sarcopénie, mais aussi la « fragilité ».
La fragilité désigne un état dans lequel, avec l’âge, la diminution des fonctions physiques, physiologiques et cognitives affaiblit la capacité de l’organisme à récupérer lorsqu’il est soumis à un stress extérieur, comme une infection ou une intervention chirurgicale. Une perte de poids involontaire, la fatigue, une baisse de l’activité physique, un ralentissement de la vitesse de marche et une diminution de la force musculaire en sont les principales caractéristiques.
Park Ki-soo, professeur à la faculté de médecine de l’Université nationale de Gyeongsang, explique : « L’état de santé des personnes âgées se dégrade progressivement, d’un état sain jusqu’à une fragilité très avancée. Il est donc essentiel de prévenir la fragilité et de la détecter précocement, lorsqu’elle peut encore être corrigée. Une baisse de la force de préhension est un signal important, car elle indique que différents facteurs de risque de fragilité, dont la sarcopénie, peuvent être présents simultanément. Il faut donc y prêter attention au quotidien. »
L’agence recommande, lorsque la force de préhension diminue de manière visible, de ne pas se limiter à observer la force de la main, mais de surveiller également la quantité de nourriture consommée, le poids, la vitesse de marche, le niveau d’activité et les changements d’humeur. L’échelle coréenne d’évaluation de la fragilité des personnes âgées (K-FRAIL) permet d’évaluer simplement le risque de fragilité à l’aide d’un questionnaire.
En cas de difficultés à mâcher, il est nécessaire de consulter un dentiste et de veiller à l’état nutritionnel. Des aliments riches en protéines et relativement faciles à mâcher, comme les œufs cuits à la vapeur ou le tofu, peuvent être privilégiés. Lorsque l’on soupçonne un stade précoce de fragilité, il est également important d’associer exercices d’endurance et exercices de renforcement musculaire, tout en arrêtant de fumer, en limitant sa consommation d’alcool, en consommant suffisamment de protéines et en maintenant des relations sociales.
Im Seung-kwan, directeur de l’Agence coréenne de contrôle et de prévention des maladies, a déclaré : « La fragilité progresse lentement, mais son dépistage et sa prise en charge précoces contribuent largement à préserver une vieillesse en bonne santé. Lorsque vous rendez visite à vos parents, prenez leur main pour observer l’évolution de leur force de préhension. Prêter attention à leur alimentation, à leur niveau d’activité et aux changements de leur humeur peut être un premier geste simple pour préserver leur santé. »
