
Les matins où tout s’enchaîne, beaucoup remplacent un repas par des compléments alimentaires. Avaler dès le réveil vitamines, oméga-3, probiotiques, voire suppléments protéinés, est devenu une scène familière. Même quand le temps manque, l’objectif reste de « prendre soin de sa santé », d’où le recours à ces produits.
Dans ce contexte, le marché sud-coréen des aliments fonctionnels pour la santé a atteint environ 6 000 milliards de wons. La consommation a aussi été portée par un marketing promettant que « prendre un seul comprimé suffit à combler les carences et à renforcer l’immunité ». Mais les spécialistes le rappellent : les compléments ne sont qu’un appoint et ne remplacent pas une alimentation équilibrée. Le petit-déjeuner, en particulier, ne sert pas seulement à calmer la faim : il relance le métabolisme, soutient la santé intestinale et contribue à la régulation de la glycémie.
Des compléments pris pour leurs effets… parfois loin des attentes
À mesure que l’intérêt pour la santé grandit, les compléments se multiplient sur le marché. Certains, présentés comme utiles pour l’immunité et la prévention du cancer, sont parfois perçus comme de véritables « remèdes miracles ». Résultat : des produits dont l’efficacité n’a pas été scientifiquement démontrée se retrouvent consommés, portés par un marketing séduisant. Le sujet a récemment été traité dans l’émission d’investigation de KBS « Tracking 60 Minutes ».
L’émission s’est intéressée à la controverse autour des compléments dits « albumine à boire ». L’albumine est une protéine essentielle : elle maintient la pression oncotique dans le sang et transporte notamment des hormones, des acides gras et des médicaments. À l’hôpital, l’albumine utilisée est un médicament extrait du plasma humain ; elle est administrée par perfusion intraveineuse lorsqu’elle est médicalement nécessaire, par exemple en cas de cirrhose, de brûlures graves, de septicémie, ou après une chirurgie lourde.
À l’inverse, l’« albumine à boire » vendue dans le commerce est, dans la plupart des cas, un produit de santé fabriqué à partir de protéines de blanc d’œuf. Un consommateur, identifié comme M. A dans « Tracking 60 Minutes », a témoigné : « Après une chimiothérapie, je m’inquiétais de mon taux d’albumine sanguine. J’ai pris régulièrement un produit d’albumine à boire, mais, contrairement à mes attentes, mon taux d’albumine a au contraire baissé. »
Auparavant, l’Association médicale coréenne (KMA) avait déjà mis en garde au sujet de l’albumine à boire : « Il n’existe pas de preuve clinique que l’albumine à boire ait des effets tels que l’amélioration de la fatigue ou le renforcement de l’immunité », avait-elle indiqué, ajoutant que « promouvoir un produit qui n’est qu’un aliment comme s’il avait un effet thérapeutique particulier revient à tromper la population ».
Le problème ne se limite pas à l’« albumine à boire », qui n’en est qu’un exemple. Aujourd’hui encore, les réseaux sociaux (SNS) regorgent de publicités pour des produits de santé dont les fondements sont impossibles à vérifier. L’albumine à boire n’est ni un début ni une fin : c’est l’un des innombrables compléments dont l’efficacité n’a pas été scientifiquement confirmée, mais qui s’est imposé grâce au marketing. Que se passe-t-il, alors, si l’on s’en remet à ces produits au point de négliger les repas ?
Pourquoi les compléments ne peuvent pas remplacer totalement les aliments
Les compléments peuvent aider à couvrir certains besoins nutritionnels. Mais ils ne peuvent pas contenir toute la valeur des aliments. Les fruits et les légumes, en particulier, renferment non seulement des vitamines et des minéraux, mais aussi des fibres alimentaires, des polyphénols, des flavonoïdes, des caroténoïdes et des milliers de substances végétales bioactives (phytochemicals). Ces composés interagissent entre eux : ils exercent une action antioxydante, réduisent l’inflammation et contribuent à améliorer l’écosystème du microbiote intestinal. Un environnement nutritionnel aussi complexe est difficile à reproduire à l’identique avec un complément fabriqué en isolant quelques composants.
L’American Heart Association (AHA) recommande, sauf nécessité particulière, de privilégier l’apport en nutriments par l’alimentation. L’U.S. Preventive Services Task Force (USPSTF) a également estimé que les preuves ne sont pas suffisantes pour conclure que la prise de compléments de vitamines et de minéraux par des adultes en bonne santé prévient les maladies cardiovasculaires ou le cancer.
À l’inverse, les bénéfices d’une alimentation riche en fruits et légumes sont régulièrement confirmés. Selon une méta-analyse publiée en 2017 dans la revue internationale 《International Journal of Epidemiology》, l’analyse de données portant sur environ 2 millions de personnes montre que celles qui consommaient environ 800 g de fruits et légumes par jour (environ 10 portions) présentaient un risque significativement plus faible de mortalité précoce et de maladies cardiovasculaires.

Le petit-déjeuner, un élément clé pour la santé tout au long de la journée… fruits et légumes indispensables
Le matin ne se résume pas au fait de rompre le jeûne. Il apporte de l’énergie à un organisme resté à jeun toute la nuit, active le métabolisme et joue un rôle important dans la régulation des variations de glycémie et de l’appétit. Consommer ensemble légumes et fruits est particulièrement utile : les fibres alimentaires atténuent les pics rapides de glycémie et servent de substrat aux bactéries bénéfiques, ce qui contribue aussi à la santé intestinale.
Les vitamines, minéraux et divers phytochemicals abondants dans les fruits et légumes participent également au maintien des fonctions cellulaires et à l’action antioxydante. C’est un avantage propre aux aliments, difficile à obtenir avec un ou deux comprimés. En un mot, la santé ne change pas grâce aux compléments, mais grâce à une « table saine ».
Mais, dans la réalité, préparer et consommer chaque matin une variété de fruits et de légumes n’est pas simple. Si le manque de temps conduit facilement à sauter le petit-déjeuner, un jus extrait à partir de fruits et de légumes peut être envisagé comme une option.
Certes, le processus d’extraction peut réduire une partie des fibres. Les fibres alimentaires se divisent en fibres insolubles et fibres solubles dans l’eau ; lors de l’extraction, ce sont surtout les fibres insolubles qui diminuent. Cela ne signifie pas pour autant que le jus extrait perde toute valeur. Il permet d’ingérer facilement l’eau contenue dans les ingrédients, ainsi que des vitamines, des minéraux, des phytochemicals et divers micronutriments, sans oublier les fibres solubles. Pour les personnes qui consomment habituellement très peu de légumes, cela peut être d’une grande aide.
Il est toutefois préférable de privilégier une composition centrée sur les légumes afin d’éviter une proportion trop élevée de fruits, qui augmenterait la teneur en sucres, et de choisir des produits sans sucre ajouté ni concentré. Les compléments peuvent clairement aider certaines personnes, mais le socle de la santé reste l’alimentation. Plutôt que de remplacer le petit-déjeuner par une poignée de comprimés, il est recommandé de commencer par un repas intégrant fruits et légumes.
Cho Seung-woo, praticien en médecine traditionnelle coréenne, a déclaré : « Pour un premier repas qui nourrit l’organisme, il n’existe pas d’aliment qui demande aussi peu d’énergie digestive qu’un jus tout en apportant une telle richesse en vitamines et en minéraux », ajoutant : « Le jus ne permet pas d’affirmer qu’il élimine les protéines et les graisses accumulées dans le foie et les reins à cause des aliments transformés et des produits d’origine animale ; il apporte des composés aux propriétés antioxydantes, mais il n’est pas démontré qu’il permette de vaincre les virus et les bactéries, ainsi que des composés susceptibles de contribuer à limiter certains processus inflammatoires, sans preuve qu’ils agissent sur des cellules mutantes. »
