Ce n’est pas le feu vert qui dure moins longtemps… c’est mon pas qui a ralenti

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[Syndrome locomoteur] ① Avant la fragilité et les chutes, les signaux d’alerte que le corps envoie sur la perte de mobilité

Photo = ClipartKorea
Photo = ClipartKorea

Au Japon, l’orthopédie définit le « syndrome locomoteur » comme un état dans lequel les os, les articulations, les muscles et les nerfs s’affaiblissent, entraînant une baisse des capacités de déplacement. Cet indicateur de santé sert à anticiper la fragilité et le recours aux soins de longue durée. Avec l’aide d’experts en Corée du Sud, Komedi.com passe en revue, en six volets, les signaux que le corps envoie d’abord dans la vie quotidienne — enfiler des chaussettes, monter des escaliers, traverser un passage piéton.

Il arrive qu’on se sente soudain pressé devant un passage piéton. Autrefois, on traversait largement à temps ; aujourd’hui, on se demande d’emblée si l’on atteindra l’autre côté avant la fin du feu vert. Dans les escaliers, la main cherche presque automatiquement la rampe. Et lorsqu’on se tient sur une jambe pour enfiler une chaussette, le corps vacille.

Est-ce simplement l’âge ? Pas forcément.

Avant que la fragilité (frailty) ne s’installe pleinement, le corps commence souvent par envoyer des signaux à travers la marche. La vitesse diminue, la foulée se raccourcit, et l’on observe d’abord une baisse de la force pour se relever et de l’équilibre.

L’accumulation de ces changements correspond à ce que l’on appelle le « Locomotive Syndrome », ou, en coréen, le « syndrome de diminution des fonctions motrices ». Les os et les articulations, la colonne vertébrale et les disques intervertébraux (disques), les muscles et les nerfs s’affaiblissent de concert, réduisant la capacité à marcher et à bouger.

Selon la gravité, on le classe notamment en 2 niveaux (stage 1~2) ou en 3 niveaux (stage 1~3). Le message est clair : le corps alerte sur une baisse des capacités de déplacement avant que celle-ci ne conduise à des chutes, des fractures et à des soins de longue durée.

Kim Mi-ji, professeure à l’université Kyung Hee (département des sciences médicales convergentes), souligne que « le syndrome locomoteur est souvent déjà en cours d’évolution, même à un stade sans symptômes ressentis ». « Dans une vaste étude de cohorte menée au Japon, plus de 80 % des personnes âgées de 60 ans et plus vivant dans la communauté ont été classées au moins en stage 1 du syndrome locomoteur », a-t-elle précisé. Autrement dit, l’absence de symptômes ne signifie pas que les fonctions physiques sont bien préservées.

Données = Kim Mi-ji, professeure à l’université Kyung Hee.
Données = Kim Mi-ji, professeure à l’université Kyung Hee.

Chaussettes, escaliers, passages piétons : les signaux d’alerte

Les premiers signes du syndrome locomoteur se manifestent souvent dans la vie quotidienne, avant même les examens à l’hôpital. Il devient difficile d’enfiler des chaussettes en se tenant sur une jambe. À la maison, on accroche la pointe du pied ou l’on glisse fréquemment. Dans les escaliers, on a besoin de la rampe. Porter jusqu’à chez soi les achats du supermarché devient pénible. Marcher en continu pendant environ 15 minutes est difficile. Traverser un passage piéton dans le temps du signal devient tout juste possible.

« Avant, cette distance ne me faisait rien, mais vers le milieu, mes jambes devenaient lourdes. »

Kim, 68 ans, qui vit à Busan, a ressenti pour la première fois de l’inquiétude au début de l’année, sur le parking d’un supermarché. Après ses courses, les 200 mètres jusqu’à sa voiture lui ont paru particulièrement longs.

Le bilan de santé n’a rien révélé de particulier. Mais l’inconfort a persisté et, lorsqu’il a finalement consulté en orthopédie, on lui a dit que « sa force musculaire et son sens de l’équilibre avaient beaucoup diminué par rapport à son âge ».

On a souvent tendance à attribuer cela à un simple « je n’ai plus la même énergie qu’avant ». En réalité, la force des membres inférieurs, les douleurs articulaires, l’équilibre et les fonctions nerveuses peuvent se dégrader ensemble. Si, après 60 ans, ces changements se répètent, il ne faut pas les réduire à une simple fatigue ou au vieillissement.

Comment évaluer la capacité à marcher

Le syndrome locomoteur se dépiste à l’aide de quelques tests simples permettant d’en estimer le risque. Au Japon, on utilise notamment le test de lever (stand-up), le test des deux pas (two step) et le questionnaire en 25 items sur la fonction locomotrice (GLFS-25). Après que la Japanese Orthopaedic Association (JOA) a proposé le concept pour la première fois en 2007, il s’est imposé, à partir des années 2010, dans la pratique clinique sous le nom de « Locomotive Syndrome Risk Test ».

Le test de lever évalue la capacité à se relever d’une chaise ou d’un support sans utiliser les bras. Le test des deux pas consiste à faire deux pas aussi grands que possible, puis à diviser la distance obtenue par la taille afin d’évaluer la capacité de marche. Le GLFS-25 interroge, sur le dernier mois, 25 items portant notamment sur la douleur, la marche, la montée d’escaliers, la fréquence des sorties et l’anxiété liée aux chutes.

Yu Jun-il, professeur à l’université d’Inha (orthopédie), explique que « le test de lever ou le test des deux pas peuvent être réalisés immédiatement, même sans matériel ». « Mais beaucoup de personnes se disent que “s’il n’y a pas de douleur, tout va bien”, et ne viennent à l’hôpital qu’une fois la baisse de fonction déjà très avancée », a-t-il ajouté.

Selon lui, « la tendance compte plus que les chiffres » ; « si vous avez l’impression que votre marche a changé par rapport à il y a un mois, c’est le moment d’en parler avec un spécialiste », a-t-il aussi indiqué.

Si vous marchez moins aujourd’hui qu’hier, si les escaliers vous inquiètent davantage qu’avant, si vous sortez moins souvent, c’est que le corps envoie déjà des signaux.

La fragilité n’arrive pas brusquement

La fragilité ne survient pas du jour au lendemain.

D’abord, la foulée se rétrécit, la vitesse de marche diminue, et la force pour se relever s’affaiblit. Puis l’activité baisse, la masse musculaire diminue davantage, et l’équilibre se dégrade. Si l’on ne parvient pas à inverser cette dynamique, le risque de chutes et de fractures augmente progressivement.

Il ne s’agit pas de marcher vite comme un jeune. L’objectif est de conserver longtemps la capacité de ne pas tomber, de monter des escaliers, de faire ses courses et de marcher avec entrain.

La marche est l’indicateur le plus concret de la santé au grand âge. si la durée du feu vert vous semble plus courte qu’avant, il est temps de regarder d’abord votre propre pas.

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