[Royaume-Uni – Oxford] En médecine, on commence par apprendre à serrer la main : la relation au cœur du métier

Kim Dajung Journaliste
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[À la rencontre des innovations dans l'enseignement médical mondial] (3-2) Les cours qui forment de véritables médecins

Kim Min-jin, interne en médecine générale travaillant au Northgate Health Centre d'Oxford, Royaume‑Uni. Photo : Kim Da-jeong, journaliste
Kim Min-jin, interne en médecine générale travaillant au Northgate Health Centre d'Oxford, Royaume‑Uni. Photo : Kim Da-jeong, journaliste

“Le cours qui m'a le plus marqué en tant qu'étudiant en médecine était, en première année, celui sur 'comment serrer la main'.”

Ceci est le témoignage de Kim Min-jin, interne en médecine générale que nous avons rencontré au Northgate Health Centre d'Oxford, ville universitaire historique du Royaume‑Uni. Il est diplômé de la Barts and The London School of Medicine and Dentistry et possède les autorisations d'exercice en Corée du Sud et au Royaume‑Uni, un parcours rare. Lorsqu'on l'a interrogé sur son expérience dans une faculté de médecine britannique, sa réponse fut surprenante.

Rassembler de jeunes talents aspirant à devenir médecins pour corriger une à une l’intensité d'une poignée de main, le ton de la voix, le regard, la posture debout… Voilà un cours. C'est une scène symbolique qui montre à quel point le système médical britannique accorde de l'importance à la relation entre médecin et patient.

“Honnêtement, au début je ne comprenais pas pourquoi ce cours existait. Je le détestais vraiment.”

L'essentiel du cours était clair : le bref instant où le patient ouvre la porte du cabinet et serre la main du médecin est le point de départ de tout. Les professeurs répétaient sans cesse que ces quelques dizaines de secondes qui déterminent la première impression pouvaient être le seuil qui déciderait si le patient continuera à vous faire confiance en tant que professionnel ou s'il ira consulter un autre médecin.

Un autre trait caractéristique de l'enseignement médical britannique est qu'on ne vous donne pas les "bonnes réponses" sur un plateau. Selon l'interne, “au Royaume-Uni, le contenu transmis par le professeur pendant les cours ne suffit pas à couvrir l'intégralité du programme d'examen.” Cela contraste avec la culture coréenne où la faculté indique clairement ce qui tombera aux examens et où l'on récupère souvent auprès des aînés des recueils de sujets et de questions transmis par les promotions précédentes pour étudier.

Il explique : “Les professeurs enseignent souvent en profondeur leur domaine de recherche ou leurs centres d'intérêt, au point d'omettre parfois des sujets pourtant essentiels pour les examens. En fin de compte, il faut repérer soi‑même ce qui est susceptible d'apparaître à l'examen, l'étudier et le partager avec ses collègues et aînés. Tout le savoir ne provient pas directement d'un professeur.” Autrement dit, on comprend tôt l'importance des connaissances acquises hors des manuels, dans le cadre des stages hospitaliers.

“Sans demander au patient, il n'y a pas de prise en charge” : la question que pose la médecine britannique

Au Royaume-Uni, c'est le patient qui choisit son parcours de soins. Par exemple, si quelqu'un soupçonne lui-même un trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH) et consulte son médecin généraliste (GP), le médecin remet au patient une liste contenant les coordonnées de trois ou quatre établissements où la prise en charge psychiatrique est possible.

Kim précise : “Après avoir envoyé la liste d'hôpitaux au patient, nous lui demandons 'lisez-la et dites‑nous lequel vous semble le mieux.' Le patient choisit l'établissement qui lui convient le mieux en tenant compte de la localisation ou du fonctionnement du centre, et nous demandons ensuite la prise en charge conjointe en fonction de cette décision.” Il s'agit d'un système centré sur la demande (le patient), et non sur l'offre (le médecin).

Cette philosophie imprègne profondément la pratique quotidienne. Kim insiste sur le principe qu'il faut obtenir le consentement du patient à chaque étape de la consultation.

“Même pour une prise de sang ou une radiographie, je demande systématiquement : 'Je souhaiterais effectuer cet examen, qu'en pensez‑vous ?' Si le patient refuse, nous ne pouvons pas prescrire l'examen.”

Le droit du patient à l'autodétermination prime sur tout.

La Radcliffe Camera, l'un des symboles d'Oxford. Aujourd'hui utilisée comme bibliothèque des sciences humaines, elle puise pourtant ses origines dans le domaine médical. Bâtiment érigé au XVIIIe siècle grâce à l'importante donation laissée par le médecin de la cour royale John Radcliffe (John Radcliffe), il est considéré, avec les divers établissements médicaux qui portent son nom (hôpital Radcliffe, bibliothèque scientifique Radcliffe, etc.), comme un héritage symbolique du développement de la médecine à Oxford. Photo : Kim Da-jeong, journaliste
La Radcliffe Camera, l'un des symboles d'Oxford. Aujourd'hui utilisée comme bibliothèque des sciences humaines, elle puise pourtant ses origines dans le domaine médical. Bâtiment érigé au XVIIIe siècle grâce à l'importante donation laissée par le médecin de la cour royale John Radcliffe (John Radcliffe), il est considéré, avec les divers établissements médicaux qui portent son nom (hôpital Radcliffe, bibliothèque scientifique Radcliffe, etc.), comme un héritage symbolique du développement de la médecine à Oxford. Photo : Kim Da-jeong, journaliste

“Ça pourrait être un cancer, mais…” : la confiance bâtie par la franchise

Les facultés de médecine britanniques proposent chaque année des formations répétées.Les étudiants s'installent en face d'acteurs professionnels. Ces acteurs jouent le rôle du « patient » ou d'un « proche » qui vient d'apprendre un diagnostic de cancer ou la nouvelle qu'un membre de sa famille est en train de mourir. Les étudiants s'entraînent en conditions réelles à annoncer la nouvelle la plus difficile et la plus douloureuse. À côté d'eux, un professeur observe le ton, les expressions et le choix des mots de l'étudiant, puis lui fournit immédiatement un retour.

“Comment réconforteriez-vous une personne qui vient de recevoir un diagnostic de cancer ? Ou comment annonceriez-vous la nouvelle à un patient qui ne sait pas encore qu'il pourrait être atteint d'un cancer ?”

Par ces scénarios particulièrement difficiles sur le plan éthique et émotionnel, les médecins britanniques apprennent à communiquer avec les patients. Kim raconte : “On nous a enseigné chaque année comment transmettre une nouvelle choquante pour que le patient soit le moins surpris possible. Cet entraînement m'a été d'une grande aide lors des consultations réelles.”

L'un des points clés du cours est d'éviter les consolations hâtives. Même si la probabilité qu'il s'agisse d'un cancer est de 1 %, on n'apaise pas le patient en lui disant 'tout ira bien'. Au contraire, on met sur la table la possibilité la plus grave pour laisser au patient le temps de se préparer mentalement.

Donner d'abord des espoirs positifs puis, après les résultats, revenir sur ces propos en annonçant finalement un cancer crée un choc bien plus violent que d'avertir d'emblée que 'les résultats pourraient être mauvais'.

On répète ainsi que la communication avec le patient est la clé la plus importante pour construire la confiance. Reconnaître ensemble, médecin et patient, qu'il n'existe pas de certitude à 100 % en médecine, et forger une relation de partenariat pour traverser l'incertitude, constituent le point de départ de la confiance.

“Un bon médecin” se définit par l'attitude, non par le savoir… la question soulevée par la Charité

Au cœur de Berlin, ville où l'opéra et les théâtres font partie de l'air du temps, se situe la prestigieuse faculté de médecine de la Charité – Universitätsmedizin Berlin. L'enseignement y commence également par le « patient ».

La philosophie de la prise en charge de l'hôpital universitaire Sainte‑Hedwige (affilié à la Charité – Universitätsmedizin Berlin) se résume dans ce que l'on appelle le modèle de Beddinger :

“Les objectifs thérapeutiques ne sont pas décidés par le médecin. Ils se décident avec le patient.”

Autrement dit, il ne s'agit pas d'adapter le patient au jugement du médecin, mais d'entrer dans le monde du patient pour définir ensemble les objectifs de traitement.

La faculté de la Charité – Universitätsmedizin Berlin enseigne dès l'entrée l'« langage du patient ». En Allemagne, le taux d'accès à l'université étant plus faible qu'en Corée, il est indispensable d'apprendre à expliquer les informations médicales dans un langage courant et accessible au patient.

Le cours emblématique propre à la Charité – Universitätsmedizin Berlin s'intitule « Compétences en communication, interaction et travail en équipe (Kommunikation, Interaktion und Teamfähigkeit) ». Il enseigne non seulement les techniques de communication avec le patient, mais aussi la capacité à collaborer au sein d'équipes pluridisciplinaires. On y répète des entretiens avec des patients simulés (acteurs formés), l'annonce de mauvaises nouvelles, l'explication des formulaires de consentement, la médiation de conflits et les répétitions de réunions multidisciplinaires.

Dans la salle, des étudiants de profils très variés se côtoient : des adolescents fraîchement sortis du lycée aux infirmiers, kinésithérapeutes et autres professionnels expérimentés dans la trentaine ou la quarantaine. Les nationalités et les cultures sont multiples. Les expériences et parcours différents des collègues enrichissent les débats. On s'interroge sans cesse : 'Pourquoi pensez‑tu ainsi ? De quel bagage provient ce point de vue ?' Cela élargit le champ de la réflexion.

La Dr Moon Da-woon, diplômée de la Charité et spécialiste en neuropsychiatrie, déclare : “La diversité culturelle de Berlin a changé l’atmosphère en classe et l’orientation même de la formation médicale. Au‑delà de la transmission des connaissances, l'enjeu de la formation à la Charité est de forger l'attitude d'un 'bon médecin'.” L'accent mis sur l'attitude face au patient amène à repenser profondément ce que signifie devenir médecin.

Les étudiants de la Charité se retrouvent dans un service hospitalier au bout d'un mois seulement. Dépourvus de connaissances approfondies, ils peuvent se sentir désemparés ; pourtant, ils comprennent vite que le médecin n'est pas seulement quelqu'un qui traite des pathologies, mais aussi quelqu'un qui écoute et construit une relation avec le patient. La Dr Moon raconte qu'elle a appris à regarder les patients dans les yeux à ce stade. Lors de la dernière année de stage pratique (PJ), les étudiants se confrontent à la réalité non couverte par les manuels : la paperasserie sans fin, les contraintes du système hospitalier, la tension et la responsabilité des gardes — autant d'éléments qui permettent de comprendre le métier de médecin de façon concrète et plurielle.

La Dr Moon ajoute : “Modifier un plan de traitement entier peut parfois partir d'un seul mot du patient. Une bonne formation consiste à développer la sensibilité et l'attitude nécessaires pour ne pas laisser échapper ce mot.”

(À suivre dans la série 4)

⋅ Interprétation de l'entretien et aide au reportage : Kim Dong-wook (interprète) · Park Byung-ok (interprète)

Ce projet a bénéficié du soutien du Fonds de promotion des médias constitué par les recettes de la publicité gouvernementale.

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