Un chirurgien cardiaque français épluche la littérature scientifique pour choisir un hôpital coréen : son père est opéré au Seoul Asan Medical Center

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664 greffes hépatiques de donneurs vivants « 2 pour 1 » cumulées… en France, en 2024, les 16 greffes hépatiques de donneurs vivants ont toutes concerné des enfants

M. Mohamed exprime sa gratitude à ses deux fils, qui lui ont donné une partie de leur foie, ainsi qu’à son épouse, qui l’a soigné. Photo = Seoul Asan Medical Center

Originaire du Maroc et titulaire de la double nationalité française et marocaine, Mohamed El Kettani (64 ans) s’est vu expliquer qu’il lui serait désormais difficile de bénéficier d’une greffe du foie en France. Son deuxième fils, Omar El Kettani (30 ans), chirurgien cardiaque en France, a alors passé en revue des centres de transplantation hépatique dans le monde entier. Après avoir étudié des publications scientifiques et l’expérience opératoire, il a choisi, avec son frère aîné, le Seoul Asan Medical Center, en Corée du Sud.

Le père souffrait d’une insuffisance hépatique terminale, compliquée d’un cancer du foie évolutif. Son poids approchait 135 kg, ce qui rendait difficile l’obtention d’un greffon de taille suffisante à partir du foie d’un seul donneur. Les médecins ont finalement opté pour une « greffe hépatique de donneur vivant 2 pour 1 », dans laquelle chacun des deux fils donne une partie de son foie.

L’équipe de transplantation hépatique du Centre de transplantation d’organes du Seoul Asan Medical Center a annoncé, le 30, avoir réalisé le 22 mai une greffe hépatique de donneur vivant 2 pour 1, en transplantant à M. Mohamed une partie du foie de ses deux fils. Les trois patients ont été opérés simultanément, chacun dans une salle d’opération différente. L’intervention s’est achevée au bout de 17 heures et tous se sont rétablis sans complication.

Un seul foie ne suffisait pas… pourquoi les deux fils se sont mobilisés

Dans une greffe hépatique de donneur vivant, il est aussi important de fournir au patient un foie de taille suffisante que de laisser au donneur un volume compatible avec sa sécurité.

Le foie repousse après qu’on en a prélevé une partie. Mais si le volume restant chez le donneur est trop faible, le risque d’altération de la fonction hépatique après l’opération augmente. À l’inverse, si le greffon est trop petit par rapport à la corpulence du receveur, il peut ne pas assurer suffisamment les fonctions hépatiques dont l’organisme a besoin.

La greffe hépatique de donneur vivant 2 pour 1 est une option utilisée dans ce type de situation. Elle consiste à prélever, chez deux donneurs, la quantité de foie pouvant être retirée en toute sécurité, puis à les transplanter ensemble à un seul patient.

Chez un patient corpulent comme M. Mohamed, il peut être difficile d’obtenir, auprès d’un seul donneur, la quantité de foie nécessaire. L’équipe médicale a décidé de prélever chez le fils aîné, Hachim El Kettani (33 ans), le lobe gauche du foie, et chez le deuxième fils, Omar, le lobe droit, pour les transplanter au père.

16 greffes hépatiques de donneurs vivants en France… toutes chez des patients pédiatriques

Pourquoi Omar a-t-il emmené son père jusqu’en Corée du Sud, à près de 10 000 km ?

La France n’est pas un pays en retard en matière de greffe du foie. Selon les statistiques officielles 2024 de l’Agence de la biomédecine, placée sous l’autorité du gouvernement français, le taux de greffes hépatiques cette année-là s’élevait à 21,2 pour 1 million d’habitants.

Mais la situation était différente pour la greffe hépatique de donneur vivant, qui consiste à prélever une partie du foie d’une personne vivante. En 2024, 16 greffes hépatiques à partir d’un donneur vivant ont été réalisées en France. Il s’agissait, dans tous les cas, de transplantations du lobe gauche du foie du donneur chez des patients pédiatriques. D’après les statistiques officielles, aucune greffe hépatique de donneur vivant n’a été réalisée chez l’adulte cette année-là.

De 1998 à fin 2024, le nombre total de greffes hépatiques de donneur vivant réalisées en France s’élève à 622.

Au Seoul Asan Medical Center, le nombre de greffes hépatiques de donneur vivant 2 pour 1 réalisées atteint 664 cas, en incluant l’intervention de cette fois-ci. Il s’agit du bilan accumulé depuis que le professeur titulaire Lee Seung-kyu, du service de transplantation hépatique et de chirurgie hépatobiliaire du Seoul Asan Medical Center, a conçu cette technique pour la première fois au monde en 2000.

L’expérience globale du Seoul Asan Medical Center en matière de greffe hépatique de donneur vivant est encore plus importante. En avril 2025, lorsque l’hôpital a franchi le cap des 9 000 greffes hépatiques cumulées, on comptait 7 502 greffes de donneur vivant et 1 498 greffes à partir de donneurs en état de mort cérébrale.

Les 622 greffes hépatiques de donneur vivant réalisées en 27 ans en France et les 664 greffes hépatiques de donneur vivant 2 pour 1 effectuées dans un seul établissement, le Seoul Asan Medical Center, ne peuvent pas être comparées simplement, car les périodes de comptabilisation et le périmètre des interventions diffèrent. Ces chiffres montrent toutefois l’ampleur de l’expérience accumulée au Seoul Asan Medical Center dans les greffes hépatiques de donneur vivant complexes chez l’adulte.

Le cancer du foie a envahi la veine porte… exclu de la greffe en France

Il y a environ 20 ans, M. Mohamed a commencé à souffrir d’une hépatite C. Il y a 10 ans, un nouveau médicament a permis de traiter l’hépatite elle-même, mais les lésions hépatiques étaient déjà très avancées, laissant une cirrhose et une insuffisance hépatique.

Fin 2025, lors des examens d’inscription sur liste d’attente pour une greffe du foie en France, un cancer du foie a également été découvert. La tumeur initialement détectée a été traitée par embolisation, mais un suivi en février de cette année a révélé une nouvelle tumeur de 6 cm. Le cancer avait envahi la veine porte, un gros vaisseau sanguin par lequel le sang provenant notamment de l’intestin entre dans le foie.

Lorsque le cancer du foie s’étend jusqu’à la veine porte, le risque de récidive après la greffe augmente, ce qui rend la sélection des patients beaucoup plus stricte. Les médecins français ont jugé la greffe difficile, et M. Mohamed a été exclu des candidats à la transplantation.

Craignant au départ qu’un problème ne survienne si ses deux fils donnaient une partie de leur foie, le père a refusé de se rendre en Corée du Sud. Mais, après avoir été convaincu par ses fils, il a pris l’avion pour la Corée du Sud en avril dernier.

M. Mohamed remercie le professeur titulaire Lee Seung-kyu, du service de transplantation hépatique et de chirurgie hépatobiliaire du Seoul Asan Medical Center, qui a dirigé son opération de greffe du foie. Photo = Seoul Asan Medical Center

Des groupes sanguins différents… 17 heures d’opération dans trois salles

Les difficultés ont persisté même après l’arrivée en Corée du Sud. Le deuxième fils, Omar, n’avait pas le même groupe sanguin que son père. Le Seoul Asan Medical Center a indiqué avoir déjà réalisé à ce jour plus de 1 100 greffes hépatiques malgré une incompatibilité de groupe sanguin.

Le 22 mai à 8 heures, trois salles d’opération ont été mises en service simultanément. Les professeurs Song Ki-won et Jeong Dong-hwan ont chacun procédé à la résection du foie des deux fils. Le prélèvement du lobe gauche chez le fils aîné a été réalisé par une technique mini-invasive avec une incision abdominale de moins de 10 cm, tandis que le prélèvement du lobe droit chez le deuxième fils a été effectué par laparoscopie.

Le professeur titulaire Lee Seung-kyu et le professeur Moon Deok-bok ont retiré le foie malade du père. Comme une invasion de la veine porte par le cancer était suspectée, ils ont appliqué une « technique sans contact », visant à éviter autant que possible de manipuler la tumeur.

Au moment d’implanter les greffons des deux fils, un autre problème est apparu : l’espace sous le diaphragme était plus étroit que prévu. L’équipe médicale a légèrement déplacé le rein droit et la glande surrénale vers l’avant et le bas de l’abdomen afin de dégager l’espace nécessaire à l’implantation du foie greffé. Commencée le matin, l’opération ne s’est terminée qu’après 2 heures du matin le lendemain.

La famille marocaine, père et deux fils, pose avec l’équipe médicale du service de transplantation hépatique et de chirurgie hépatobiliaire du Seoul Asan Medical Center, qui a réalisé la greffe hépatique de donneur vivant 2 pour 1. De gauche à droite : professeur Moon Deok-bok, professeur Song Ki-won, le fils aîné donneur Hachim, l’épouse du receveur, le receveur M. Mohamed, le deuxième fils donneur Omar, professeur Jeong Dong-hwan, professeur titulaire Lee Seung-kyu. Photo = Seoul Asan Medical Center

Venu pour l’opération de son père, il dit vouloir « apprendre au Seoul Asan »

Ce seul cas ne permet pas de comparer l’ensemble du niveau médical de la France et de la Corée du Sud. Mais si l’on se limite aux greffes hépatiques de donneur vivant complexes chez l’adulte, le Seoul Asan Medical Center a clairement accumulé une expérience rare à l’échelle mondiale.

Omar en est l’illustration. Après l’opération, il a déclaré : « Pendant notre séjour au Seoul Asan Medical Center, notre famille a été profondément impressionnée par des techniques médicales et un système hospitalier d’un niveau exceptionnel, et surtout par l’attitude humaine, sincère, envers les patients », ajoutant : « En tant que chirurgien cardiaque travaillant en France, j’ai pensé que j’aimerais un jour venir me former au Seoul Asan Medical Center. »

Le médecin qui avait épluché des articles scientifiques pour trouver un hôpital coréen afin de sauver son père dit désormais vouloir y apprendre des techniques médicales.

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