L’être humain est-il carnivore ou herbivore ? À cette question, la plupart des gens répondent avec assurance : « Il est omnivore, ni carnivore ni herbivore », sans le moindre doute.
Pourquoi ? Parce que c’est ainsi qu’ils vivent. Mais cette conclusion repose sur l’observation de leurs propres habitudes alimentaires et de celles de leur entourage. Pour déterminer si le corps humain est réellement omnivore, il faut examiner en détail notre anatomie afin d’obtenir une réponse exacte.
La méthode objective pour déterminer quels aliments conviennent à l’être humain consiste à comparer les caractéristiques anatomiques et physiologiques humaines à celles d’autres animaux [1, 2]. Les différences anatomiques entre les carnivores (Carnivore), les omnivores (Omnivore) et les herbivores (Herbivore) sont les suivantes.
1. La bouche
Les carnivores tels que les lions, les tigres et les loups, ainsi que les omnivores comme les ours, les ratons laveurs et les chiens, peuvent ouvrir la bouche très largement par rapport à la taille de leur tête afin d’attraper une proie et de la mordre à mort [3]. Un lion peut ouvrir la gueule jusqu’à 28 cm [4], un chien en moyenne jusqu’à environ 10 cm [5], et un humain en moyenne environ 5 cm [6].
Les herbivores tels que les lapins, les chevreuils, les cerfs, les chèvres et les moutons ont une bouche relativement petite. L’être humain a lui aussi une petite bouche, ce qui le rapproche des herbivores. Les herbivores ont des muscles faciaux bien développés, des lèvres épaisses et une langue musclée, ce qui permet de bien mélanger à la salive les aliments broyés par les dents. C’est également le cas chez l’être humain [7].
2. L’articulation temporo-mandibulaire
Chez les carnivores et les omnivores, l’articulation temporo-mandibulaire est une simple articulation de type charnière (hinge-type joint), située presque dans le même plan que les dents ; la force de morsure et la force de coupe y sont très élevées et stables. Elle sert donc à maîtriser une proie qui se débat ou à briser des os. Lorsque le carnivore referme la mâchoire, ses dents tranchent la proie avec puissance, comme une paire de lames [8].
Chez les herbivores, l’articulation temporo-mandibulaire se situe bien au-dessus du plan d’occlusion dentaire afin d’offrir une amplitude de mouvement plus importante lors de la mastication. Ce type d’articulation est moins stable que l’articulation en charnière des carnivores, mais il favorise les mouvements d’avant en arrière et latéraux, permettant les mouvements complexes de la mâchoire nécessaires pour mâcher des aliments riches en fibres, comme les végétaux. La mandibule (mandible, os de la mâchoire inférieure) des herbivores présente un mouvement latéral net pendant l’alimentation ; ce mouvement est indispensable à l’action d’écrasement et de broyage (crush and grind), et il en va de même chez l’être humain.


Comparez le temps de repas d’un chat (carnivore) et d’un chien (omnivore). Ils mâchent peu et avalent la nourriture d’un seul bloc. À l’inverse, si l’on observe un herbivore comme le lapin ou le cerf, on voit qu’il mâche longtemps avant d’avaler, comme l’être humain.
3. Les dents
Chez les carnivores et les omnivores, les incisives (incisor) sont courtes et pointues, en forme de cône (peg-shaped), et servent à saisir et à couper la proie. Chez les herbivores, les incisives sont larges, plates, en forme de pelle (spade-shaped) et s’emboîtent les unes dans les autres, ce qui facilite l’épluchage, la coupe et l’arrachage des fruits. Les incisives humaines ressemblent à celles des herbivores [9].
Les canines (canine) des carnivores sont très longues, pointues et tranchantes, comme des couteaux, afin de transpercer la proie et de porter un coup fatal aux principales artères ou aux organes internes. Chez les omnivores, elles sont un peu plus courtes que chez les carnivores, mais restent menaçantes pour mordre, maintenir et déchirer la proie. Chez les herbivores, les canines sont petites et émoussées, non menaçantes, et fonctionnent comme des incisives.
Regardons la photo ci-dessous. De quel animal nos canines se rapprochent-elles le plus ?

Les prémolaires (premolar, petites molaires ou prémolaires) et les molaires (molar, grosses molaires ou molaires postérieures) des carnivores et des omnivores ont une forme triangulaire et une structure d’emboîtement vertical, comme des ciseaux, ce qui leur permet de sectionner la nourriture avec netteté.
À l’inverse, les molaires des herbivores et de l’être humain sont de forme carrée, avec une surface supérieure plate : elles ne peuvent pas couper, mais présentent des reliefs et des creux sur la surface masticatoire, et, grâce à un mouvement horizontal, elles écrasent et broient (crush and grind) les aliments, jouant le rôle d’un mortier et d’une meule [10]. L’anatomie de la cavité buccale humaine se rapproche davantage de celle des herbivores que de celles des carnivores ou des omnivores.
Song Mu-ho, docteur en médecine, spécialiste de la chirurgie orthopédique et de la médecine du mode de vie

Références
1. RPA https://www.rpaforall.org/animal-abuse-its-why-we-suffer/the-comparative-anatomy-of-eating/
2. MR Mills. The comparative anatomy of eating. ecologos. org. 1996 [Accessed 12 Febraury 2016].
3. J Bourke, S Wroe, K Moreno, et al. Effects of gape and tooth position on bite force and skull stress in the dingo (Canis lupus dingo) using a 3-dimensional finite element approach. PLoS One 2008;3(5):e2200.
4. Britannica https://kids.britannica.com/students/article/lion/275490
5. M Gracis, E Zini. Vertical Mandibular Range of Motion in Anesthetized Dogs and Cats. Front Vet Sci 2016;3:51.
6. Cleveland Clinic https://my.clevelandclinic.org/health/diseases/24086-trismus
7. SW Herring, SE Herring. The Superficial Masseter and Gape in Mammals. The American Naturalist 1974;962(108):561-576.
8 K Schwenk. Feeding: form, function and evolution in tetrapod vertebrates. Academic Press, 2000.
9. S Hillson. Teeth. Cambridge University Press, 2005.
10. PS Ungar. Mammalian dental function and wear: A review. Biosurface and Biotribology 2015;1(1):25-41.
