« Ni trop, ni trop peu » : la main, un organe plus essentiel que jamais ?

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[Santé selon les dirigeants des meilleurs hôpitaux coréens] Woo Sang-hyun, directeur de l’hôpital W

Lorsqu’on se blesse à la main, tout le monde peut paniquer. Mais c’est précisément dans ces moments-là qu’il faut, non pas se rendre à l’hôpital le plus proche ou à celui que l’on connaît, mais consulter un établissement spécialisé, souligne Woo Sang-hyun, directeur de l’hôpital W. Photo = Kim Seung-geun, journaliste
Lorsqu’on se blesse à la main, tout le monde peut paniquer. Mais c’est précisément dans ces moments-là qu’il faut, non pas se rendre à l’hôpital le plus proche ou à celui que l’on connaît, mais consulter un établissement spécialisé, souligne Woo Sang-hyun, directeur de l’hôpital W. Photo = Kim Seung-geun, journaliste

Aucun organe du corps humain n’est insignifiant. Mais il en est un qui, comme l’air, nous accompagne à chaque instant et rend le quotidien plus confortable, sans que l’on en mesure vraiment la valeur avant d’être blessé : la « main ».

Certains en connaissent pourtant intimement l’importance. Pour Woo Sang-hyun, directeur de l’hôpital W et figure de proue de la chirurgie de la main en Corée du Sud , la main est aussi le point de départ de la prise en charge.

Il voit souvent arriver des patients qui, après un accident, ont été opérés ou suivis de manière insuffisante dans le premier établissement consulté, avant de se tourner vers l’hôpital W en deuxième ou troisième recours. Le directeur Woo commence alors la consultation en prenant la main du patient dans la sienne. En partageant sa chaleur corporelle et en disant : « Vous avez beaucoup souffert jusque-là », il se demande d’abord ce qu’il peut faire pour lui.

Il résume ainsi l’importance de la main.

« Notre main est un organe extrêmement délicat et extrêmement précieux. D’autres organes vitaux sont protégés par la peau, les os, la graisse, etc. Mais, dans la main, les os se trouvent au centre, tandis que les nerfs et les vaisseaux sanguins sont protégés seulement par une fine couche de peau: elle est donc difficile à protéger. »

Le directeur Woo insiste : « la main pose problème si on l’utilise trop, mais aussi, à l’inverse, si on l’utilise trop peu ».

Pour les Sud-Coréens, qui passent en moyenne 5 heures par jour sur leur smartphone, la santé des mains n’a rien d’un sujet lointain. Tenir longtemps un smartphone plus grand que la paume concentre dans le poignet l’ensemble des nerfs et des vaisseaux, ce qui provoque tension et fatigue. Toute la main est sollicitée. Le directeur Woo prévient : « Après environ 20 minutes d’utilisation, il ne faut pas oublier de reposer et d’étirer la main ainsi que le poignet. »

– Que signifie le fait que l’on puisse avoir des problèmes même en utilisant peu sa main ?

« Cela veut dire que, après s’être blessé à un doigt, avoir subi une petite opération ou porté un plâtre, ne pas utiliser le doigt “pour le protéger” peut, au contraire, l’abîmer. Après une intervention, il faut donc impérativement l’utiliser de manière appropriée. Si, pour favoriser la récupération du doigt blessé, on met l’accent uniquement sur la protection sans l’utiliser, le doigt blessé subit un “effet régime” et s’amincit par rapport aux autres. Il perd alors sa force et cela gêne la vie quotidienne. Il faut donc, même si c’est un peu inconfortable au début, prendre l’habitude de l’utiliser en même temps que les autres doigts. »

– Quels symptômes peuvent apparaître lorsqu’on n’utilise pas ses doigts ?

« Le symptôme le plus typique est le CRPS (Complex Regional Pain Syndrome, syndrome douloureux régional complexe). Pour une personne ordinaire, il n’y a aucun stimulus, mais le cerveau interprète comme une “douleur extrême, comme si l’on était coupé au couteau” le simple fait qu’un col de vêtement effleure la peau, qu’un courant d’air passe, ou même qu’une eau tiède touche la zone. Bien sûr, l’équipe médicale spécialisée en chirurgie de la main de l’hôpital W sait distinguer si ces symptômes relèvent d’un simple processus de récupération ou s’ils constituent des signes avant-coureurs de CRPS. Le patient ne doit pas non plus négliger l’utilisation appropriée de sa main pendant la récupération ou la rééducation. »

-Même sans blessure, que faire si les doigts deviennent raides ou si une douleur survient sans raison apparente ?

« À partir de la cinquantaine, diverses affections des doigts peuvent nécessiter un traitement. Il faut d’abord consulter un spécialiste, puis suivre une rééducation ou un traitement dans un établissement proche. Si l’on se contente d’un traitement médicamenteux en pensant que ce n’est rien, on risque de manquer la fenêtre thérapeutique et d’aggraver la maladie, ou de subir une perte financière. La consultation spécialisée est prioritaire. »

– En cas d’accident imprévu entraînant une blessure au doigt ou au bras, que faut-il faire immédiatement ?

« Tout le monde peut paniquer, mais c’est précisément dans ces moments-là qu’il est le plus important de se rendre non pas dans l’hôpital le plus proche ou celui que l’on connaît, mais dans un établissement spécialisé. Pour la réimplantation de la main ou la micro-reconstruction, le « golden time » est important, mais le choix du bon établissement l’est encore davantage. L’hôpital W peut réaliser une opération permettant de revenir à l’état antérieur si le patient arrive dans un délai maximal de 36 heures, quel que soit l’endroit du pays, y compris l’île de Jeju, la région de Jeolla ou la province de Gangwon. »

– Si le premier hôpital consulté ne réagit pas correctement, n’y a-t-il pas un risque de séquelles graves ?

« Récemment, une femme d’une vingtaine d’années, venue de Busan, s’était coupée la paume d’environ 1 cm avec du verre. Après une première et une deuxième intervention, les tendons avaient adhéré et une grande cicatrice était restée ; elle est venue à l’hôpital W. Un geste simple s’est transformé en une opération délicate, au point qu’il faut envisager une chirurgie plastique. C’est un cas regrettable qui montre bien pourquoi il ne faut pas aller dans un hôpital proche ou simplement connu, mais chercher un établissement spécialisé. Le même jour, un enfant, dont la première et la deuxième opération ainsi que les soins avaient été réalisés dans un grand hôpital de la région capitale, est également venu parce que son état n’était pas bon. Sa mère a regretté de ne pas être venue à l’hôpital W dès le départ. Nous prévoyons d’anesthésier localement la zone opérée et de procéder à l’intervention pendant que l’enfant dort, afin qu’il puisse retrouver au plus vite les bras de ses parents. »

– Comment est-il préférable de procéder pour l’opération de polydactylie et de syndactylie, des malformations congénitales ?

« La chirurgie de la polydactylie et de la syndactylie n’est pas une simple opération d’amélioration esthétique. C’est un travail qui concerne le “golden time” de la croissance, directement lié à la fonction de la main pour toute la vie de l’enfant. Il faut réaliser une reconstruction précise au moment optimal pour que les enfants puissent profiter de chaque instant du quotidien sans handicap. »

– On dit que vous redéfinissez récemment les standards de traitement des lésions du plexus brachial…

« Le plexus brachial (Brachial Plexus) est un vaste faisceau nerveux qui part des vertèbres cervicales, passe par l’épaule et l’aisselle, et assure la motricité et la sensibilité de tout le bras et de la main. Lorsqu’un traumatisme l’étire, le déchire ou l’arrache complètement de la moelle épinière, on ne peut plus lever l’épaule ni plier le coude, et l’on ne peut plus bouger les doigts. La sensibilité du bras ou de la main s’émousse, voire disparaît totalement ; on a l’impression que le bras pend simplement à l’épaule, et il arrive que des douleurs neuropathiques intenses s’y ajoutent. C’est un domaine où l’information sur l’hôpital à consulter est presque inexistante, au point qu’on le compare parfois à un “cancer” pour la chirurgie de la main ou du bras. Il n’existe pas encore, en Corée du Sud, de centre véritablement spécialisé dans la prise en charge de cette pathologie. C’est précisément pour cela que je veux d’autant plus conquérir ce domaine. »

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