
Après une opération de la cataracte, la vision auparavant brouillée s’éclaircit. Mais certains patients disent rester gênés la nuit, lorsque les phares des voitures ou l’éclairage public se diffusent et s’étalent. Quand un halo circulaire apparaît autour des sources lumineuses ou que des rais s’étirent en étoile, la conduite nocturne peut devenir particulièrement éprouvante.
Ce phénomène ne dépend pas uniquement de l’intervention : il varie aussi selon le type d’implant intraoculaire posé. Les lentilles trifocales, conçues pour voir de loin, à distance intermédiaire et de près, peuvent réduire la dépendance aux lunettes. Elles peuvent toutefois s’accompagner d’inconfort visuel nocturne, notamment des halos ou de l’éblouissement.
Alcon, groupe suisse spécialisé dans les dispositifs médicaux ophtalmiques, a annoncé le 8 juillet le lancement en Corée du Sud de l’implant intraoculaire trifocal « Clareon PanOptix Pro ». Le produit vise à couvrir un champ allant de la vision de loin à la distance intermédiaire (écran d’ordinateur) et à la vision de près (livre ou smartphone).
Diffusion lumineuse de 12 % à 6 %… l’inconfort nocturne sera-t-il réellement réduit de moitié ?
Les implants trifocaux ne sont pas nouveaux. Des lentilles qui répartissent la lumière sur trois foyers — dont le PanOptix existant — sont déjà utilisées en chirurgie de la cataracte.
Les lentilles monofocales classiques se concentrent principalement sur une seule distance. Si l’on privilégie la vision de loin, une paire de lunettes de lecture peut être nécessaire pour lire un livre ou consulter un smartphone. Les lentilles trifocales visent, elles, à couvrir plusieurs distances afin de réduire la fréquence de port de lunettes.
La nouveauté de ce produit ne tient donc pas au nombre de foyers, mais à la manière dont la lumière entrant dans la lentille est répartie.
Alcon indique avoir appliqué à ce nouveau modèle la technologie optique « EnLighten NXT », afin de réduire la part de lumière qui ne contribue pas à la formation de l’image et se disperse. Le principe consiste à rediriger vers les foyers nécessaires une partie de la lumière qui se diffusait à l’intérieur de la lentille.
D’après les documents de l’entreprise, le Clareon PanOptix existant utilisait 88 % de la lumière incidente pour former les foyers, tandis qu’environ 12 % se dispersaient. Le PanOptix Pro porte le taux d’utilisation de la lumière à 94 % et abaisse la diffusion à environ 6 %. Le contraste optique de l’image entre la vision de loin et la distance intermédiaire a également augmenté de 16 % par rapport au produit précédent.
Toutefois, une diffusion lumineuse réduite de moitié ne signifie pas nécessairement que les halos nocturnes ou l’éblouissement ressentis par les patients diminuent eux aussi de moitié. Ces chiffres proviennent de tests en laboratoire mesurés à l’aide d’appareils et d’études menées avec un simulateur visuel.
Il faut des données cliniques obtenues chez des patients opérés pour vérifier si, dans la pratique, la vision nocturne devient réellement plus confortable.
Avec le produit existant, 3 à 4 patients sur 10 rapportent des phénomènes d’éblouissement
L’inconfort visuel nocturne lié aux lentilles trifocales concerne une part importante des patients.
Dans une méta-analyse rassemblant les données de 580 patients ayant reçu l’implant intraoculaire trifocal « PanOptix » d’Alcon dans les deux yeux, des halos ont été rapportés dans 43,9 % des cas, l’éblouissement dans 33,6 % et des phénomènes de diffusion lumineuse en forme d’étoile dans 30,4 %. Ces résultats synthétisent 11 études menées dans 10 pays.
Il faut toutefois distinguer le fait d’avoir ressenti un symptôme et celui d’être gêné au point de le supporter difficilement. La proportion de patients déclarant des symptômes sévères était de 5,4 % pour les halos, 3,4 % pour la diffusion lumineuse en forme d’étoile et 2,9 % pour l’éblouissement. Les réponses indiquant une gêne « très importante » allaient de 0,8 % à 2,6 % selon le symptôme.
De plus, un salarié d’Alcon a participé à cette étude en tant que coauteur. Il convient de tenir compte des conflits d’intérêts lors de l’interprétation de ces résultats.
Si vous conduisez souvent la nuit… mieux vaut évaluer d’abord l’état des yeux et les habitudes de vie plutôt que de privilégier « la dernière lentille »
Un implant intraoculaire n’est pas forcément plus adapté à tous les patients parce qu’il est nouveau ou plus cher. La distance visuelle à privilégier varie selon les habitudes : lecture fréquente de livres et de smartphones, travail intensif sur ordinateur, ou fréquence de la conduite nocturne.
Il faut aussi examiner l’état de la cornée et de la rétine, ainsi que la présence éventuelle d’astigmatisme. Les patients doivent indiquer précisément aux soignants s’ils peuvent porter des lunettes après l’opération si nécessaire, et quel niveau de phénomènes de diffusion lumineuse ils sont prêts à accepter en échange d’une vision à plusieurs distances.
Le lancement du PanOptix Pro a pour intérêt d’ajouter une option supplémentaire au choix des patients atteints de cataracte.
Mais une réduction de la lumière diffusée en laboratoire ne se traduit pas automatiquement par une baisse de l’inconfort sur la route la nuit. Définir d’abord jusqu’à quelle distance on souhaite voir sans lunettes après l’opération, et l’importance de la conduite nocturne dans la vie quotidienne, peut être plus déterminant que le choix du produit lui-même.
L’American Academy of Ophthalmology explique que, si la conduite de nuit est importante, il faut prendre en compte l’éblouissement et les halos susceptibles d’apparaître avec les lentilles multifocales ou les lentilles à profondeur de champ étendue. En présence d’autres maladies oculaires, comme le glaucome ou la dégénérescence maculaire, ces lentilles peuvent ne pas être adaptées. En cas d’astigmatisme, il est également recommandé de discuter avec l’équipe médicale de la nécessité d’une lentille dotée d’une fonction de correction de l’astigmatisme.
