
Plus de 57 millions de personnes vivent avec une démence dans le monde, et environ 10 millions de nouveaux diagnostics sont posés chaque année. Il n’existe actuellement aucun moyen de guérir la démence. Mais en agissant sur des facteurs modifiables liés à la santé et au mode de vie, il est possible de prévenir jusqu’à 45 % des cas de démence ou d’en retarder l’apparition.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a actualisé ses lignes directrices qui expliquent comment mettre ces mesures en pratique. C’est la première fois depuis 2019 que les recommandations de l’OMS pour prévenir la démence et le déclin cognitif font l’objet d’une révision d’ampleur.
Dans un communiqué, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré : « Aujourd’hui, nous en savons plus que jamais sur les facteurs qui augmentent le risque de démence, et ces lignes directrices traduisent ces connaissances en actions concrètes. » Il a ajouté : « Les pays disposent désormais de recommandations claires et fondées sur des preuves, applicables immédiatement, pour protéger la santé cognitive de leurs populations. »
Une grande partie de ces lignes directrices reprend les recommandations publiées par l’OMS il y a sept ans. Il intègre aussi de nouvelles stratégies que des experts mondiaux de la santé jugent susceptibles d’aider à préserver la santé cognitive avec l’âge. Le média américain New York Post a passé en revue les trois changements les plus marquants, ainsi que des pratiques courantes de santé que l’OMS estime devoir être réévaluées.
Pour protéger le cerveau, respirer un air plus propre
L’un des changements majeurs des lignes directrices 2026 de l’OMS tient au fait que l’air respiré au quotidien peut influer sur le risque de démence. L’OMS recommande désormais de réduire l’exposition à la pollution de l’air, dans le cadre d’une stratégie globale visant à diminuer le risque de déclin cognitif et de démence.
La principale source d’inquiétude est la pollution aux particules fines, en particulier les particules ultrafines appelées PM2.5. Ces polluants microscopiques proviennent de la fumée des feux de forêt, des gaz d’échappement des véhicules, des rejets industriels, mais aussi de certains produits domestiques.
Les particules PM2.5 sont si petites qu’elles peuvent franchir les défenses naturelles de l’organisme et atteindre le cerveau. Les chercheurs estiment qu’elles peuvent provoquer une inflammation et un stress oxydatif. Ces deux processus peuvent, avec le temps, favoriser un déclin des fonctions cognitives.
La pollution de l’air ne concerne pas uniquement les habitants des villes recouvertes de smog. L’OMS estime que 99 % de la population mondiale est exposée à des niveaux de pollution atmosphérique supérieurs à ses recommandations. Éliminer totalement la pollution de l’air est difficile en pratique, mais l’OMS explique que le simple fait de réduire l’exposition peut déjà faire une différence.
Parmi les changements possibles au quotidien figure le fait de cuisiner avec des sources d’énergie plus propres, comme l’électricité ou le gaz, plutôt qu’avec du bois ou du charbon. Cela inclut aussi le soutien à des politiques visant à réduire les polluants émis par les voitures et les usines. Le rapport indique : « En théorie, si l’on réduisait à “0” l’exposition de l’ensemble de la population à la pollution de l’air, on pourrait prévenir environ 3 % des cas de démence. »
En l’absence de carence, éviter certains compléments
Une alimentation saine et équilibrée est souvent citée comme l’un des moyens les plus courants de protéger la santé du cerveau. Mais, souligne l’OMS, consommer beaucoup de compléments alimentaires n’est pas forcément bénéfique.
L’OMS recommande aux personnes chez qui aucune carence nutritionnelle n’a été diagnostiquée de ne pas prendre certaines vitamines ou certains compléments dans le but de prévenir le déclin cognitif et la démence.
Les produits concernés incluent les vitamines B et E, les acides gras polyinsaturés oméga-3, ainsi que les complexes multivitamines et multiminéraux. Ils sont souvent vendus avec des promesses d’amélioration de la mémoire, de la concentration et d’un vieillissement en bonne santé.
Mais, après examen des données, l’OMS a conclu que les preuves scientifiques ne suffisaient pas à montrer que ces compléments, chez des personnes ne présentant pas de carence, puissent prévenir la démence, en arrêter la progression ou l’inverser.
Dans son rapport, l’OMS avertit que les risques d’une prise inutile de compléments pourraient dépasser les bénéfices potentiels. Certains nutriments peuvent s’accumuler dans l’organisme et devenir nocifs avec le temps, et ils peuvent aussi interagir défavorablement avec des médicaments en cours de prise.
Ne pas laisser une perte auditive sans prise en charge
Les recommandations de l’OMS sur la perte auditive ont elles aussi fortement évolué. Environ une personne sur cinq dans le monde présente un certain degré de perte auditive, mais beaucoup vivent sans diagnostic. Les effets de la perte auditive ne se limitent pas à des difficultés à comprendre une conversation. Une perte auditive non traitée est également associée à un déclin cognitif et à une augmentation du risque de démence.
Dans ses recommandations de 2019, l’OMS préconisait un dépistage de la perte auditive. Dans la nouvelle version, elle va plus loin et soutient explicitement la mise à disposition d’appareils auditifs comme moyen de réduire le risque de démence.
La perte auditive peut affecter la santé cognitive par plusieurs mécanismes. Si le cerveau doit fournir davantage d’efforts pour traiter les sons, il peut rester moins de ressources pour d’autres activités de pensée. La perte auditive peut aussi conduire à l’isolement social, lui-même associé à une hausse du risque de démence. Elle pourrait également provoquer des changements dans la structure et le fonctionnement du cerveau.
Une prise en charge active de la perte auditive peut produire des effets importants. Le rapport indique : « En théorie, si l’on réduisait à “0” la perte auditive dans l’ensemble de la population, on pourrait prévenir environ 7 % des cas de démence. »
Les recommandations révisées de l’OMS incluent par ailleurs plusieurs stratégies susceptibles d’aider à protéger les fonctions cognitives. L’OMS met davantage l’accent sur l’entraînement cognitif. Elle recommande des activités conçues pour stimuler le cerveau, aussi bien chez les adultes ayant des fonctions cognitives normales que chez les personnes présentant un trouble cognitif léger.
L’organisation souligne aussi l’importance de maintenir des liens sociaux. Participer à des activités bénévoles ou entretenir des relations avec des amis et la famille peut aider à préserver la santé cognitive en vieillissant.
Le rapport réaffirme également les méthodes déjà recommandées pour réduire le risque de démence. Il cite l’activité physique régulière, la réduction de la consommation d’alcool, l’arrêt du tabac, une alimentation saine, ainsi que la prise en charge de maladies chroniques associées au déclin cognitif, comme l’obésité, le diabète et l’hypertension.
