
Un père septuagénaire, assidu à la salle de sport, est tombé dans le salon. Ses bras et ses jambes semblaient toujours solides. La famille ne comprenait pas. Pourquoi est-il tombé ?
Avant de maigrir, avant que la marche ne ralentisse, certaines personnes perdent d’abord la capacité à se rattraper instantanément. Leur équilibre cède en premier. Chez ce père aussi, la masse musculaire n’avait pas changé, mais la fonction qui permet de maintenir l’équilibre s’est d’abord dégradée.
Ce phénomène porte un nom : la « dynapénie (dynapenia) ». La masse musculaire reste normale, mais le risque de chute est multiplié par 2,65.
Un état plus dangereux que la sarcopénie
La dynapénie, qui signifie en grec « pauvreté de force », désigne une situation où la force musculaire et les réactions d’équilibre diminuent d’abord, alors même que la masse musculaire ne baisse pas fortement. Le concept a été proposé en 2008 par l’équipe des professeurs Brian Clark et Todd Manini, de l’Ohio State University (États-Unis), dans le 《Journal of Gerontology》. Les auteurs y décrivaient un état dans lequel, sans diminution marquée de la masse musculaire, seules la force des jambes et la vitesse de marche reculent. Par la suite, des travaux ont montré que la dégradation de la fonction musculaire, davantage que la taille des muscles, accroît plus fortement le risque de handicap physique et de décès, ce qui a mis ce phénomène en lumière.
Les données coréennes illustrent l’ampleur du phénomène. Une étude de 2024 menée par l’équipe du professeur Lee Do-yoon, de l’Université Kookmin, a analysé les données de l’Enquête nationale sur la santé et la nutrition. Elle estime la prévalence de la dynapénie (proportion de la population présentant cet état) à 24,6 % chez les adultes coréens de 70 ans et plus, soit une personne sur quatre. Pour l’ensemble des adultes, elle était plus de deux fois plus élevée chez les femmes (8,7 %) que chez les hommes (4,1 %).
Cet état est directement lié aux chutes.
L’équipe du professeur Chao Yuan-ping, du service de médecine familiale et de gériatrie du Tri-Service General Hospital de l’Université de médecine de la Défense nationale (Taïwan), a publié en 2025 dans le 《Journal of Cachexia, Sarcopenia and Muscle》 les résultats d’un suivi sur huit ans de 863 personnes âgées de 65 ans et plus.
Dans le groupe dynapénie, le risque de chute était 2,65 fois plus élevé que chez les personnes âgées sans anomalie. Un autre résultat ressort nettement : dans le groupe sarcopénie, où la masse musculaire et la fonction diminuent ensemble, le risque n’était « que » de 1,87 fois. Autrement dit, avant même la perte de muscle, la baisse de la fonction s’avère plus dangereuse.
Pourquoi cela se produit-il ?
Avec l’âge, la vitesse de réaction entre les nerfs et les muscles ralentit. C’est pourquoi, même avec des muscles, la capacité à produire une force instantanée s’affaiblit. Quand le pied accroche, la réaction qui consiste à se rattraper sur le moment, ou celle qui permet de résister réflexivement lorsqu’on est poussé par derrière, s’émousse plus tôt que l’endurance. Les neurones moteurs responsables de cette production de force instantanée diminueraient rapidement après 60 ans. Certaines études font état d’une baisse de 25 à 50 % par rapport à la vingtaine.
Les premiers signaux de dynapénie peuvent apparaître dans la vie quotidienne. En descendant les escaliers, on cherche la rampe plus vite qu’avant et, même sur terrain plat, on accroche souvent la pointe du pied. Là où l’on se relevait sans y penser, on finit par s’appuyer sur l’accoudoir d’une chaise. Il arrive aussi de chanceler en se levant la nuit pour aller aux toilettes. Peu à peu, l’équilibre se délite.
Après une chute, le périmètre de vie change
Après une chute, certaines personnes âgées hésitent à sortir, par peur de retomber. Moins elles bougent, plus la fonction des membres inférieurs se fragilise rapidement, et plus le risque de rechute augmente : un cercle vicieux s’installe. Ce qui rend les chutes si redoutables, c’est qu’elles font s’effondrer le temps d’après l’accident.
La situation se dégrade particulièrement vite en cas de fracture de l’os de la hanche (articulation coxo-fémorale). Une fracture de la hanche n’est pas une simple lésion osseuse. Les opérations et l’hospitalisation s’enchaînent, et l’activité diminue brutalement. Pendant la période alitée, la force des membres inférieurs et la capacité d’équilibre chutent rapidement. Il n’est pas rare que des personnes âgées ne retrouvent pas une marche comme avant. Dès la nuit de la chute, le périmètre de vie peut changer.
Les chutes augmentent rapidement. Selon l’étude sur la charge mondiale de morbidité, soutenue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Fondation Bill & Melinda Gates, le nombre de chutes chez les personnes de 65 ans et plus dans le monde a atteint environ 45,66 millions en 2021. C’est plus du double par rapport à 1990.
Si vous commencez à chercher d’abord la rampe dans les escaliers
Peut-on prévenir la dynapénie ?
L’équipe du professeur Park Jae-hyun, du service de médecine de réadaptation de l’Université catholique, a analysé 7 558 personnes âgées coréennes de 65 ans et plus. Les personnes qui pratiquaient régulièrement des exercices de résistance — haltères, bandes élastiques, ou mouvements de type assis-debout — présentaient un risque de dynapénie réduit de moitié par rapport à celles qui n’en faisaient pas. Celles qui pratiquaient régulièrement une activité d’endurance avaient aussi un risque inférieur d’environ 30 %. Ces résultats ont été publiés en 2024 dans le 《European Review of Aging and Physical Activity》.
Se lever d’une chaise sans s’aider des mains, tenir quelques instants sur une jambe, ou s’asseoir et se relever lentement sont des mouvements utiles pour maintenir la force des membres inférieurs et les réactions d’équilibre. Il est recommandé de les pratiquer 20 à 30 minutes par jour, environ trois fois par semaine.
L’environnement du logement est également lié au risque de chute. Dans la salle de bains, il est conseillé d’installer des barres d’appui à des endroits où le centre de gravité vacille facilement, comme à côté des toilettes ou à l’entrée de la douche, et de poser des tapis antidérapants. Éclairer davantage les couloirs et supprimer les seuils de porte élevés, sur lesquels on trébuche facilement, contribue aussi à prévenir les chutes.
Même si l’on paraît en bonne forme, l’équilibre du corps peut commencer à vaciller en premier. Si vous cherchez plus souvent la rampe dans les escaliers, ou si vous vous appuyez fréquemment sur l’accoudoir pour vous lever d’une chaise, cela peut être le signe que la fonction d’équilibre s’affaiblit.
