
« D’abord, je perds du poids, et je pourrai faire du sport ensuite. »
C’est une idée que beaucoup de personnes qui commencent des traitements contre l’obésité comme Wegovy ou Mounjaro ont déjà eue. Le raisonnement paraît simple : en perdant du poids, le corps devient plus léger et l’on bouge naturellement davantage.
Or les données disponibles racontent l’inverse. Chez des patients ayant commencé un traitement anti-obésité de la classe des GLP-1, le nombre de pas quotidiens a diminué par rapport à la période précédant la prise du médicament.
« Je pensais bouger plus »… un constat à rebours
L’équipe du Dr Sajana Maharjan, de l’hôpital HSHS St. John’s (États-Unis), a présenté ces résultats du 13 au 16, lors du congrès annuel de l’Endocrine Society (ENDO 2026), à Chicago.
Les chercheurs se sont appuyés sur les données du programme de recherche « All of Us » des National Institutes of Health (NIH). Ce dispositif relie les dossiers médicaux électroniques des participants aux données d’activité issues des objets connectés Fitbit. Une approche jugée plus fiable que les questionnaires auto-déclaratifs, fondés sur les souvenirs des patients.
Parmi 1 950 adultes obèses ayant commencé un traitement anti-obésité de la classe des GLP-1, l’équipe a retenu 753 personnes disposant de données Fitbit suffisantes. L’âge moyen était de 52,7 ans et 78,6 % étaient des femmes.
Les organisateurs du congrès ont présenté cette communication comme la première étude de grande ampleur à analyser, à partir de données d’objets connectés, l’évolution de l’activité physique chez des utilisateurs de médicaments GLP-1.
Les chercheurs ont comparé, avant et après l’instauration du traitement, le nombre moyen de pas par jour et le temps d’activité physique d’intensité modérée à vigoureuse (MVPA). Parmi les personnes analysées, 81,9 % souffraient de douleurs articulaires ou musculaires ; 67,3 % avaient aussi une hypertension et 48,1 % un diabète de type 2.
Résultat : le nombre moyen de pas par jour est passé de 5 047 avant traitement à 4 487 après, soit une baisse de 560 pas. Le temps d’activité physique d’intensité modérée à vigoureuse a également diminué, de 28 minutes à 22 minutes par jour. L’analyse incluait des patients traités par des médicaments de la classe des GLP-1, notamment le sémaglutide (Wegovy, Ozempic), le liraglutide (Saxenda), le dulaglutide et le tirzépatide (Mounjaro, Zepbound).
L’équipe n’a identifié aucun élément étayant l’hypothèse selon laquelle la perte de poids s’accompagne spontanément d’une hausse de l’activité physique. L’étude ne permet toutefois pas, à elle seule, d’établir un lien de causalité entre la prise du médicament et la baisse d’activité.
Pourquoi l’activité a-t-elle diminué ? Une question à laquelle l’étude ne répond pas
Reste une question : pourquoi l’activité a-t-elle, en réalité, reculé ? La diminution la plus marquée a été observée chez les hommes ainsi que chez les personnes souffrant de douleurs articulaires ou musculaires. En revanche, aucune différence n’est apparue selon l’âge ou selon des antécédents d’insuffisance cardiaque ou d’AVC. L’étude quantifie « de combien » l’activité a diminué, mais ne parvient pas à établir « pourquoi » elle a baissé.
Il existe toutefois des éléments pouvant servir d’indice.
D’abord, la douleur et la fatigue. Parmi les personnes analysées, 81,9 % présentaient déjà des douleurs articulaires ou musculaires, et c’est dans ce groupe que l’activité a le plus reculé. Il est possible que la douleur elle-même ait limité l’activité physique.
On évoque aussi le fait que de nombreux patients subissent des effets indésirables qui réduisent non seulement l’appétit, mais aussi l’énergie. Si la fatigue apparaît plus facilement au cours de la perte de poids, l’exercice risque d’être perçu non comme une routine naturelle, mais comme une tâche à accomplir.
La raison pour laquelle la baisse a été plus importante chez les hommes n’a, en revanche, pas été expliquée. Il faut également garder à l’esprit que la douleur et la fatigue ne sont pas des causes directement vérifiées par l’étude, mais des hypothèses formulées a posteriori à partir des chiffres observés.
Le problème : la perte de poids peut également s’accompagner d’une perte musculaire
Ces résultats ne peuvent pas être pris à la légère.
Car les médicaments de la classe des GLP-1 ne font pas perdre uniquement de la graisse au cours de la baisse de poids.
Ces traitements réduisent l’appétit et aident à maigrir, mais la perte de poids ne se fait pas de manière sélective sur la seule masse grasse. En particulier, si l’activité physique diminue en plus de la prise du médicament, le chiffre sur la balance peut baisser tandis que les muscles, qu’il faudrait préserver, risquent de diminuer plus rapidement.
Dans ce contexte, l’exercice constitue le moyen clé pour limiter la perte musculaire. Le renforcement musculaire est important pour préserver les muscles pendant une perte de poids.
Le Dr Maharjan a souligné que « ces résultats montrent une nouvelle fois que, pour les personnes qui prennent ces médicaments, l’exercice n’est pas une option », ajoutant qu’« il faut des interventions personnalisées pour encourager l’activité physique en parallèle de la prescription de traitements contre l’obésité ».
Si l’on vous prescrit Wegovy ou Mounjaro, il faut élaborer en même temps un plan d’exercice
Cette étude rappelle qu’un médicament ne peut à lui seul constituer une stratégie complète de prise en charge de l’obésité.
Il est certain que des médicaments comme Wegovy ou Mounjaro réduisent l’appétit et font baisser le poids, mais ils ne remplacent pas l’exercice. Le message de cette étude est qu’il faut, dès le début des injections d’un traitement contre l’obésité, construire consciemment une habitude de bouger.
Alors, combien faut-il bouger ? Les experts conseillent de privilégier la régularité plutôt que l’intensité.
La recommandation courante est de 30 minutes par jour, 5 jours par semaine. Il n’est pas nécessaire d’aller à la salle de sport. Une marche rapide peut suffire à produire des effets, et si 30 minutes d’un seul tenant sont difficiles, on peut aussi fractionner en séances de 10 minutes. Toutefois, pour maintenir la masse musculaire, il est généralement considéré comme préférable d’ajouter du renforcement musculaire à l’endurance, comme la marche.
Si vous prenez actuellement Wegovy ou Mounjaro, il ne faut pas se rassurer uniquement en voyant le chiffre sur la balance diminuer. Il faut garder à l’esprit que, derrière ce chiffre, les muscles peuvent aussi être en train de diminuer.
Au lieu de s’en tenir au soulagement de perdre du poids, il faut faire de ce changement un déclencheur pour bouger davantage. C’est là que se trouve le véritable retournement mis en lumière par cette étude.
