À l’ère des 10 millions de personnes concernées par la chute de cheveux.
Alors que l’intérêt pour les traitements antichute ne cesse de grandir, l’un des médicaments dont les patients parlent le plus, ces derniers temps, lors des consultations est le « minoxidil oral à faible dose (minoxidil à avaler) ».
À mesure que se diffuse l’idée qu’il permet d’éviter la contrainte quotidienne et l’aspect collant des applications sur le cuir chevelu, les demandes du type : « Est-ce que je ne peux pas, moi aussi, prendre ce médicament ? » se multiplient. Mais, en tant que médecin, je redouble de prudence au moment de le prescrire — plus encore que pour tout autre traitement contre la chute de cheveux.
Je voudrais expliquer pourquoi ce médicament ne saurait être une « simple alternative » et pourquoi il faut l’envisager avec la plus grande réserve.
À l’origine un « antihypertenseur », et une prescription clairement « non autorisée » pour la chute de cheveux
Premier point à connaître : l’origine du minoxidil.
Ce médicament a d’abord été développé comme un puissant vasodilatateur (antihypertenseur) destiné aux patients souffrant d’hypertension sévère. Lorsqu’un effet indésirable — une pousse de poils sur l’ensemble du corps — a été observé chez les personnes qui le prenaient, il a été « réinventé » sous une forme plus sûre, en traitement antichute à appliquer localement, uniquement sur le cuir chevelu.
Ces derniers temps, en dermatologie, les essais de traitement de la chute de cheveux avec des doses ultra-faibles (0,25~5 mg), inférieures ou égales à un dixième des doses utilisées en hypertension, se multiplient. Mais il s’agit toujours d’une « prescription hors AMM (off-label) », l’indication « chute de cheveux » n’ayant pas reçu d’approbation officielle des autorités sanitaires. Si la forme à appliquer constitue le traitement standard, la forme orale n’est, au mieux, qu’une solution de second recours.
Le principe : un usage « limité » uniquement quand l’application est impossible
Prendre un comprimé une fois par jour est pratique. Mais la praticité, à elle seule, ne doit pas conduire à remplacer un traitement à appliquer. Les situations dans lesquelles les dermatologues envisagent ce médicament restent très limitées.
On peut l’envisager avec prudence comme option additionnelle, à titre d’appoint, lorsque les effets indésirables du traitement à appliquer sont extrêmes — démangeaisons du cuir chevelu, suintements, dermatite de contact, etc. — au point de rendre son utilisation impossible, ou lorsque, malgré une utilisation suffisamment longue, il n’y a absolument aucun effet. Cela peut aussi concerner des patients dont la dextérité manuelle est insuffisante et qui ne peuvent pas appliquer le produit.
Et ce n’est pas tout. Sur le plan de l’efficacité, les études cliniques montrent que l’augmentation globale de la densité ou de l’épaisseur des cheveux ne diffère pas, statistiquement, de manière importante par rapport au traitement à appliquer.
Autrement dit, on ne choisit pas la forme orale parce qu’elle serait nettement supérieure, mais parce qu’elle constitue une option strictement limitée à des situations particulières où la forme à appliquer ne peut pas être utilisée.
« Se croire “en sécurité” est dangereux : il faut se méfier des effets indésirables cardiovasculaires »
Certains affirment un peu vite que « puisque la dose est ultra-faible, il n’y a quasiment pas de variation de la tension et c’est sûr ». Mais en médecine, le risque zéro n’existe pas. Même à très faible dose, dès lors qu’un comprimé est avalé, la substance circule dans les vaisseaux de tout l’organisme et entraîne nécessairement des effets systémiques.
Les données cliniques font clairement état d’effets indésirables tels que l’œdème (gonflement du corps), les vertiges, ou des palpitations (tachycardie). Chez des patients jeunes et en bonne santé souffrant de chute de cheveux, cela peut rester léger. Mais chez des personnes âgées, chez celles qui ont une maladie cardiovasculaire sous-jacente, ou encore chez celles qui présentent une prédisposition à une pathologie cardiaque sans le savoir, cela peut devenir un facteur de risque potentiellement grave, voire fatal.
Les femmes enceintes et allaitantes, bien sûr, mais aussi les patients atteints d’insuffisance cardiaque ou de cardiopathie sévère, ceux dont l’hypertension n’est pas contrôlée, ainsi que les personnes dont la fonction rénale (reins) est diminuée, ne doivent absolument pas en prendre. Même chez les plus jeunes, si une hypotension de base existe ou si la corpulence est plutôt petite, il faut adopter une approche encore plus prudente.
Au-delà des effets indésirables cardiovasculaires, le problème concret le plus fréquent pour les patients est l’« hypertrichose ».
Environ 10 à 20 % des patients en font l’expérience: non seulement les cheveux, mais aussi les poils sur des zones non souhaitées visage, front, bras, jambes, etc deviennent plus épais et plus nombreux.
Chez les femmes traitées pour une chute de cheveux, en particulier, on observe de nombreux cas où, en voulant soigner l’alopécie, elles se retrouvent avec une pilosité faciale abondante, subissent un stress psychologique important et arrêtent le traitement. C’est une limite manifeste de l’action systémique d’un médicament pris par voie orale.
« Start Low, Go Slow » : une surveillance médicale rigoureuse est indispensable
Le minoxidil oral à faible dose peut certes être une arme utile pour compenser les limites des traitements topiques, mais il s’agit d’une « arme à double tranchant » qui ne doit jamais être utilisée à mauvais escient.
Le principe cardinal auquel les spécialistes se tiennent lorsqu’ils le prescrivent est : « Start low, go slow » (commencer à la dose la plus faible et n’augmenter que très lentement).
Après le début du traitement, il faut surveiller rigoureusement, pendant une semaine, les vertiges et les palpitations, puis, au bout d’un mois, la prise de poids et la présence d’œdèmes.
En matière de traitement de la chute de cheveux, la priorité reste toujours la sécurité. Plutôt que de réclamer ce médicament à un médecin en se laissant séduire par des témoignages sur Internet ou par la commodité, je recommande de faire d’abord évaluer précisément l’état de son cuir chevelu et sa santé générale, puis de choisir, sous la supervision stricte d’un dermatologue, la méthode la plus sûre.
Min Bok-gi, président de l’Association médicale de la ville métropolitaine de Daegu et président de la commission des relations extérieures de l’Association des dermatologues

